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Après-séance Le Bon, la Brute et le Cinglé avec Kim Jee-woon et Song Kang-ho
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le samedi 9 novembre 2019.
Le jeudi 31 octobre 2019

retranscription de Marjolaine Ta

La session de question-réponse a eu lieu après la projection du film Le Bon, la Brute et le Cinglé, un film de 2008 [1] du réalisateur sud-coréen Kim Jee-woon. Cette après séance était dans le cadre du Festival du Film Coréen à Paris 2019 dans la section Focus en présence du réalisateur Kim Jee-woon et de l’acteur Song Kang-ho. Il peut y avoir des révélations concernant des scènes et/ou l’intrigue du film dans cet article. Si vous ne voulez pas connaître ces éléments, il est préférable de revenir le lire, après avoir vu le film !

Présentateur : Je vais leur laisser le soin de dire les premiers mots.

Kim Jee-woon (réalisateur) : Je ne sais pas si vous avez aimé ce film, mais en fait, moi ce film-là, je voulais faire un western en Corée, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Je me suis aperçu qu’il y avait eu quelques films dans les années 60/70 qui avaient déjà été faits en western coréen, en particulier le film de Lee Man-hee qui s’appelle Break the Chain ! de 1971. Ça m’a permis de me dire que je pouvais faire un film, un western en Corée et dans ces films-là, on voit souvent des résistants coréens, ça se passe souvent pendant la colonisation japonaise, il y a l’armée japonaise et des braqueurs. C’est un film d’action qui m’a vraiment permis de me motiver pour faire le film en pensant que c’était possible.

Il y a donc deux films qui m’ont vraiment inspiré, c’est donc Break the Chain ! de Lee Man-hee et évidemment le western italien Le bon, la brute et le truand, donc je voulais un peu rendre hommage à ce film. Voilà en gros la création du film.

Song Kang-ho (acteur) : En fait normalement dans les autres films, je suis super cool, j’ai des supers personnages, mais là malheureusement, je suis un peu caché avec ces deux autres partenaires. Ils ont caché le pouvoir de mon charme qui ne peut alors se révéler, et ça je le regrette un peu.

Présentateur : Une question pour M. Kim Jee-woon, quelque chose qui reste vraiment longtemps après avoir vu le film, c’est la beauté des décors, des extérieurs et pour beaucoup de metteurs en scène, le moment des repérages est le moment où tout est possible et donc c’est particulièrement apprécié. Comment avez-vous vécu ces repérages en Mandchourie et ces lieux, et quelles difficultés vous avez pu rencontrer ?

Kim Jee-woon (réalisateur) : En fait pour moi ce western était d’abord trois personnages principaux qui fonçaient à toute allure dans le désert d’une vaste plaine. C’était ça l’idée de base, or, il était impossible de trouver un endroit comme ça en Corée, donc il fallait choisir soit la Chine, soit l’Australie. J’ai donc regardé quelques films pour les repérages en Australie et je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de mouches qui se collaient partout. C’est comme ça que j’ai abandonné l’idée de tourner là-bas et j’ai donc choisi un endroit un peu plus proche, c’est donc à Dunhuang [2] en Chine, c’est près de Xinjiang, un endroit où vivent beaucoup d’Ouïgours. Et j’ai donc décidé de mettre ce film dans la période des années 1920 à 1930 en Mandchourie.

Et en fait avant que la Corée ne soit divisée en deux, le territoire de la Corée s’étendait au travers du Mont Paektu [3],donc bien au-delà de la Corée du Nord. Et c’est à ce moment-là que le territoire de la Corée s’est rétréci. Je me suis donc dit que peut-être à cette époque-là, nos ancêtres avaient un pays plus grand, donc je les ai imaginés foncer à toute allure. C’est ça le point de départ et c’est cela qui me plaisait.

Question du public : Bonjour, je suis très honorée de vous parler, j’ai une question pour monsieur Song Kang-ho, j’ai vu la plupart de vos films, vous m’avez fait pleurer, rire, je vous ai détesté, j’ai eu envie de vous donner des baffes, surtout dans Parasite. Je voulais savoir comment vous faites pour incarner si bien vos personnages, à tel point qu’au bout de 10 minutes, on oublie que c’est vous et on ne voit plus que le personnage ?

Song Kang-ho (acteur) : Merci beaucoup, mais je crois que vous me flattez trop. C’est surtout que j’ai eu la chance de rencontrer de très grands réalisateurs comme Kim Jee-woon et je dirai que j’ai eu beaucoup de chance. C’est 20 dernières années, je n’ai travaillé qu’avec des grands réalisateurs alors c’est seulement grâce à eux.

Question du public : J’ai lu qu’il y avait deux fins pour le film, est-ce que vous pouvez nous raconter la fin alternative et nous dire pourquoi avoir fait deux fins ?

Kim Jee-woon (réalisateur) : Alors oui, en fait, il y a une version coréenne et une version internationale car le film a été sélectionné à Cannes et donc je devais me dépêcher pour les dates cannoises. C’est pourquoi j’ai eu cette version internationale et avec un peu plus de temps après, j’ai pensé qu’il y aurait peut-être une version un peu plus adaptée au public coréen, j’ai mis un peu plus de temps pour peaufiner cette version coréenne. Donc la version cannoise et internationale est celle du mois de mai, et la coréenne est celle du mois de juillet. J’ai aussi d’autres films avec deux versions et je pense qu’en général, c’est surtout à cause des DVD.

Je dis que c’est à cause des DVD car en général, une fois que le film sort, je le regarde et il y a des petites choses, des petits éléments que je regrette. Donc lorsque le DVD sort, je me dis que je vais remonter le film, mais ça tient vraiment à très peu de choses, l’intrigue, la structure ne changent pas du tout. C’est plutôt le rythme que je trouve parfois trop détendu ou trop long que j’accélère et donc pour le DVD, je fais cette nouvelle version pas si différente que ça.

Question du public : Encore bravo, ça fait plusieurs fois que je vois le film en salle et j’ai toujours été très impressionné par la poursuite finale. Je voulais donc savoir combien de jours on mettait pour tourner une séquence comme celle-ci, et comme les acteurs sont à cheval au milieu d’explosions, comment on met en place des scènes qui peuvent être dangereuses et spectaculaires comme ça ?

Kim Jee-woon (réalisateur) : Oui ce sont des scènes dangereuses.

En fait en général, on prévient et dit où sont cachés les explosifs, et il y a un spécialiste professionnel qui travaille avec les chevaux qui est là pour les diriger et leur montrer le chemin à suivre. Les chevaux savent déjà quels chemins ils doivent emprunter quand ils commencent à galoper. Pour s’assurer de leur sécurité, on fait vraiment attention. Une fois cela fait, on peut commencer à tourner, mais comme ça explose de partout, c’est une course-poursuite et c’est le chaos, en général, les chevaux sont un peu désorientés au moment du tournage. Malgré tous les essais, tous les tests qu’on fait avant, les chevaux sont habitués, mais il y a quand même le bruit des fusils qui peut leur faire perdre le chemin. Cependant, il y a ces explosifs, le chargé des explosifs doit les faire exploser à certains moments précis, le timing doit être parfait, il faut que ce soit ni trop en avance, ni trop en retard. C’est à cause de ça que sur le tournage on était tous très tendus pour cette scène.

D’ailleurs, Song Kang-ho devait également monter à cheval dans le film, mais à un moment il est venu et m’a dit « J’ai une super idée, qu’est-ce que tu penses si j’étais plutôt en moto ? » et j’ai trouvé que c’était une super idée. C’est pourquoi on l’a mis à moto, et bien après, j’ai appris qu’en fait il avait peur des chevaux. Mais finalement, je me rends compte que la moto collait bien au personnage. Song Kang-ho, veux-tu rajouter quelque chose là-dessus ?

Song Kang-ho (acteur) : Si j’avais eu beaucoup de temps pour apprendre, j’aurais pu monter à cheval. Mais qu’est-ce que tu racontes… On n’avait pas beaucoup de temps et il fallait qu’on tourne vite alors je n’avais pas le choix.

Kim Jee-woon (réalisateur) : Le fait qu’il dise qu’il n’a pas eu le temps, ça c’est un mensonge. Car même l’acteur Lee Byung-Hun [4] a appris à monter à cheval à ce moment. Par contre, l’acteur Jeong Woo-seong qui joue le Bon, c’est un des meilleurs, c’est même le meilleur cavalier parmi les acteurs en Corée. D’ailleurs le cheval qu’il monte, c’est un pur-sang qu’on a fait venir d’Angleterre et au début, le cheval était très sauvage, pas vraiment apprivoisé. Et il paraît que les chevaux jaugent leur cavalier, et une fois qu’ils pensent que le cavalier est digne d’eux, ils acceptent le cavalier, mais s’ils voient que la personne est maladroite ou un peu gauche, ils essaient tout de suite de les mettre à terre. Jeong Woo-seong était très doué, même si au début, c’était difficile, le cheval a très vite reconnu en lui son partenaire. Il a été très vite obéissant. Et c’était rigolo pendant le tournage du film, car lorsqu’il marchait, on voyait le cheval derrière qui le suivait. Ça montre à quel point, il avait ce talent.

Question du public : Je vous remercie d’être là pour rencontrer le public français. Dans le cadre du festival, on a vu ce matin un documentaire Shoot the sun by lyric, et c’est très étonnant, car dans le documentaire, on n’arrête pas de voir des affiches du film The Quiet Family. Hier soir, vous aviez parlé de la difficulté de produire ce film-là, pour convaincre les producteurs, c’était 10 ans avant Le Bon, la Brute et le Cinglé. Ce qui m’intéresse c’est votre analyse, M. Kim, comment cela s’est passé pour vous, ce contexte de manifestation pour la loi des quotas, est-ce que ça vous a aidé à produire des plus gros projets comme Le Bon, la Brute et le Cinglé, qui a un budget beaucoup plus important ? Et également la vision de M. Song en tant qu’acteur, vous avez côtoyé de nombreux réalisateurs qui ont explosé ces 20 dernières années et surtout vous êtes maintenant connu par un public international avec le succès de Parasite. Je voulais connaître vos impressions sur cette époque et ce moment un peu charnière du cinéma coréen.

Song Kang-ho (acteur) : Je pense qu’à travers les films coréens, je peux maintenant rencontrer un public non seulement coréen mais aussi étranger. Je peux partager du temps avec eux, discuter, et ce n’était pas du tout en soi une ambition d’être reconnu sur le plan international. Je dirai que ce qui me plaît beaucoup par rapport à ces 20 dernières années, c’est la transmission de la culture coréenne à l’étranger. Et je rajouterai que pour moi personnellement, que ce soit il y a 20 ans ou maintenant, rien n’a changé. Je vois mon métier de la même manière, la seule chose qui a vraiment changé, c’est mon intérêt à partager du temps avec le public et ce genre de rencontre.

Kim Jee-won (réalisateur) : Pour la période des screen quotas [5], c’était un moment de l’histoire où les films américains essayaient d’envahir le marché, ils voulaient une forme d’hégémonie dans le paysage cinématographique coréen, ils voulaient faire rétrécir la part de marché du cinéma national et on sentait cela comme une menace sur la petite culture coréenne. On s’est donc un peu insurgé, on a fait des manifestations pour garder la politique des screen quotas, et on s’était d’ailleurs inspiré du modèle français. Car il avait encore une grande part du marché face aux films américains. On s’est donc inspiré de lui pour la politique de soutien de l’État et des subventions données au cinéma. On a réalisé qu’on avait des droits et des obligations de protéger notre patrimoine.

Je pense d’ailleurs que c’est encore le cas ici non ? Le cinéma français a encore des formes de subventions de l’État ? C’était un système qui permettait d’avoir un nombre de jours minimum pour les projections dans les salles de cinéma. Cela a permis de garantir une industrie au cinéma coréen. Après, il y avait aussi des problèmes, on pouvait par exemple respecter ces jours-là, mais la projection de films coréens se faisaient dans des salles toutes minuscules. Mais ça a aidé à faire la force du cinéma national.

Question du public : Bonjour, je vais rester sur une question simple pour la dernière. Alors vous vous connaissez depuis très longtemps tous les deux, si vous n’aviez qu’une seule anecdote à raconter sur votre travail ensemble, laquelle serait-elle ? Merci.

Kim Jee-woon (réalisateur) : Si je devais raconter des anecdotes, je pense qu’on en aurait toute la nuit.

Je vais dire deux choses sur Song Kang-ho. Euh… C’était quoi déjà la première ? Ah, en fait, c’était la première fois que j’écrivais un scénario en pensant à un acteur spécifiquement. Pour moi le Cinglé, c’était Song Kang-ho et ça ne pouvait être que lui. Le film lui est pratiquement dédié.

Donc je lui ai donné le scénario, après je lui ai demandé « Alors tu l’as lu ? Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est amusant ? » et il m’a répondu « Oui, mais je suis censé jouer quel personnage ? ». Et en fait, ça m’avait vraiment surpris, je suis resté bouche bée face à cette question.

Et là il recommence et il me dit qu’il pensait interpréter le rôle du Bon.

Song Kang-ho (acteur) : Si j’avais interprété le Bon, je serais maintenant bon cavalier.

Kim Jee-woon (réalisateur) : En fait le tournage a duré très longtemps, je crois en fait que trois fois on s’est dit que ce jour serait le dernier jour du tournage. Et en fait, le dernier vrai jour de tournage, il fallait que je tourne d’abord avec Song Kang-ho, sa part était terminée et donc il est parti. Et à un moment, il revient sur le tournage et je vois qu’il s’était rasé la moustache. Je ne pouvais donc plus du tout tourner une scène de plus avec lui.

Et je me souviens avoir été un peu attristé et j’ai demandé à mon équipe si on pouvait rajouter des moustaches en effets spéciaux.

Tout à l’heure, on me demandait comment je tournais, alors il n’y a pas que des anecdotes très drôles, parce qu’on manquait de budget. Le public à cette époque commençait à être habitué aux films vraiment plus perfectionnés, des films hollywoodiens. Il y avait un degré d’attente très haut, mais nous comme on n’avait pas assez de moyens, on ne pouvait pas utiliser de flying-cam, donc on a eu un flying-man, c’est-à-dire un homme qui volait avec sa caméra. On n’avait pas de moyens suffisants donc on a tourné en façon analogique pour essayer de satisfaire un public qui avait déjà des grandes attentes en termes d’effets spéciaux. Je pense que ça a rajouté à l’énergie du film et à notre motivation pour trouver des idées et contourner les problèmes.

Il y avait des caméras qui devaient être accrochées à des câbles et comme on ne pouvait pas, par exemple la scène du marché où il virevolte à travers les toits, aujourd’hui, on pourrait par exemple utiliser un drone. Mais à l’époque on ne pouvait pas, alors j’ai accroché le chorégraphe des combats, on lui a donné une caméra et c’est en fait lui qui voletait en suivant le personnage du Bon.

Présentateur : On vous laisse alors le mot de la fin.

Song Kang-ho (acteur) : Merci beaucoup à tous d’être restés aussi tard avec nous. C’est un film qui a maintenant 11 ans, mais ce moment me rappelle l’énergie qu’il y avait eu pendant le tournage et l’excitation de faire ce film.

Kim Jee-woon (réalisateur) : Comme je vous le disais hier, je suis vraiment très touché que vous soyez restés tous jusqu’au bout. Je vous remercie, j’étais là pour donner de l’émotion et finalement, c’est moi qui en reçois. Je suis donc vraiment très heureux et je vous remercie pour ce moment partagé avec vous.

Retranscription et photos de la conférence par M.TA pour Onirik.net

[1] Le film est sorti en France en décembre 2008 et est disponible en DVD

[2] Ville-district de la province du Gansu en Chine

[3] Le mont Paektu ou mont Changbai en Chine est le point culminant de l’ensemble de la Corée, à 2 744 mètres d’altitude. Ce lieu fait partie de la Corée du Nord actuellement

[4] La Brute dans le film

[5] La loi des screen quotas est appliquée en 1993. Les exploitants des salles doivent projeter six films coréens durant 146 jours par an, soit 40% du temps.


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