Onirik
Au Pilon
Onirik -> Littérature -> Dernière mise à jour : le dimanche 8 octobre 2006.
de Alain Rubin

Pourra-t-on encore dire qu’ils ne manquent pas de cran ?

Le MRAP et CRAN demandent au Petit Robert de retirer de la vente 170 000 exemplaires de l’édition de 2007 de leur dictionnaire, dont certaines définitions ne sont pas encore passées à la moulinette de la "novlangue".

Dans ses heures de gloire, Staline, le petit père du peuple était un "coryphée" de la science. Il était meilleur pilote d’avion que les pilotes d’avion, meilleur physicien que les physiciens, meilleur biologiste que les biologistes, meilleur économiste que les économistes, meilleur historien que les historiens et, bien entendu, meilleur linguiste que les linguistes et les philologues. Josip Vissarionovitch a peut-être trouvé un successeur sur ce plan, en les personnes morales du CRAN et du MRAP s’érigeant en censeurs de la langue et des dictionnaires français.

Bravo ! Que dire d’autre ? Ils sont forts.

Nos linguistes du « néo-français », revu et corrigé en fonction de "correspondances polysémiques" dont le Petit Robert n’aurait pas tenu compte pour définir le mot colonisation, vont-ils poursuivre de leurs ardeurs tous les dictionnaires analogiques ? Tous ces livres et publications qui n’ont pas, eux aussi, discerné ces fameuses, je n’ose dire fumeuses, par crainte d’être taxé de mauvais esprit, concordances et qui traînent encore ici et là sur des étagères de librairies, de bibliothèques ou de CDI dans les lycées et collèges de France et de Navarre...

Pour mon vieux Larousse analogique, le cran est une raie ou une entaille, pas un organisme qui se déclare représentatif. Faut-il le mettre au pilon ?

Soyons sérieux. Le procès fait au linguiste Alain Rey est une déclaration d’hostilité, et pas seulement une volonté arrogante de dicter ce que les mots de la langue française signifient.

On nous objectera, du côté de nos « néo-linguistes » du néo-français, que les hommes et les femmes de ma génération nés dans ce pays ne peuvent pas vraiment comprendre ces choses, c’est bien évident. Forcément, ne sont-ils pas en effet imprégnés du crime colonial ? Ne sont-ils pas d’odieux colonialistes eux-mêmes, par définition, puisque fils et filles de colonialistes ou de complices de colonialistes ou de résignés au colonialisme de leurs classes dirigeantes et des gouvernements successifs du pays ? Des Français quoi !

(...)

Je pense qu’un certain nombre de ceux qui ont appris que des Grecs venus de Phocée achetèrent un bout de terrain à un chef de tribu gauloise et qu’ils y constituèrent une petite colonie grecque qui édifia la cité phocéenne qui devint Marseille, ou que Carthage puis Carthagène furent des "colonies" phéniciennes et carthaginoises et qui pensaient que les ancêtres phéniciens des Libanais actuels et que les ancêtres carthaginois des Tunisiens ne pratiquaient pas le colonialisme pour autant parce qu’ils avaient fondé des colonies, c’est, semble-t-il le cas du Petit Robert, seront étonnés d’apprendre que leurs instituteurs d’école primaire et leurs professeurs de lycées et collèges ne parlaient pas correctement la langue française. Explication : ils seraient tous confits dans un colonialisme nauséeux, inconscient ou conscient, et rendus incapables de comprendre et définir leur propre langue.

Heureusement, que le MRAP et le CRAN sont là. Heureusement qu’ils vont remettre la dialectique sur ses pieds et désormais leur en révéler la véritable substance polysémique. Fermez le ban.

PS. : Au fait, Messieurs et Mesdames du CRAN/MRAP, s’il vous plaît, est-ce que l’on peut encore parler de colonies d’abeilles sans diffamer le laborieux insecte dont l’esprit de sacrifice est bien connu ? Alain Rubin

L'auteur Valérie Revelut
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