Onirik
Clair de Lune - Saison 2/4
Onirik -> Télévision -> Episode culte -> Dernière mise à jour : le lundi 3 décembre 2007.

Cette série est une des plus emblématiques des années 80. Lorsque l’on regarde le paysage audiovisuel d’alors, ce sont Dallas ou Dynastie qui triomphent dans le monde entier. Or, là, il s’agit de deux détectives, d’origine et de milieu différents, obligés de s’associer, pour diriger une agence de détectives. La série dite “romantic suspense”, est totalement focalisée sur l’affrontement continuel (qui se termine souvent par des phrases comme : « j’ai oublié mon texte », ou « si ça continue, ils vont arrêter de nous diffuser et nous allons atterrir sur le câble ») entre David Addison (Bruce Willis) et Maddie Hayes (Cybill Shefferd) qui en oublient de résoudre les énigmes...

The dream sequence always rings twice (1985)

L’ouverture de cet épisode est exceptionnelle. Une semaine avant sa mort, Orson Welles a enregistré une présentation d’une minute de cette histoire très spéciale, dont le titre bien évidemment est un hommage rendu au plus célèbre des films noirs : Le facteur sonne toujours deux fois.

Deux théories s’affrontent, David pense que le monde est injuste, que la tromperie est le fondement de l’âme humaine et tout cela fait la fortune de l’agence Moonlighting. Maddie, elle, en a assez d’enquêter sur des adultères, cela la déprime. Or, par hasard, alors qu’il sont dans un vieux night-club fermé et vendu à un promoteur qui va le raser, on leur raconte que 40 as plus tôt, un musicien a été assassiné, soit par l’amant de l’épouse, la chanteuse de la boite, soit par cette femme elle-même, ils se sont rejetés la responsabilité à l’infini et personne n’a jamais su la vérité.

C’est un nouveau prétexte pour les deux héros de s’affronter. David accuse Maddy de croire qu’elle a choisi comme meurtrier l’amant, parce qu’il est un homme, et donc d’être sexiste. Et lui, pense que l’épouse a assassiné son mari parce que toutes les femmes sont calculatrices et fausses… chacun rentre chez soi et s’endort. Les deux versions en noir et blanc vont défiler…

En premier, vient celle de Maddy, ou la pauvre innocente chanteuse est prise entre les filets d’un vil séducteur, ou nous avons le plaisir d’entendre Cybill Shefferd interpréter le standard de jazz Blue moon. Lorsque débute cette séquence, nous pouvons la cataloguer MGM… Blonde effarouchée, maquillage et vêtements sages de jeune première des années 40, séduisante mais sans sex-appeal, voix douce et timide… elle est tout simplement parfaite. La musique, les décors, les plans, on s’y croirait. Quant à Bruce Willis, il oublie d’être drôle pour devenir dur, âpre, cynique, des yeux de braise d’une intensité farouche…

La version de David, est bien évidemment, comme tout bon film noir qui se respecte, racontée en voix off par le héros, dont l’allure est littéralement clônée sur le personnage d’Orson Welles de la Dame de Shanghai, un pauvre innocent, pourtant cynique et désabusé qui sait que tout ce qui lui arrive l’amènera inexorablement à sa perte. C’est stylisé Raymond Chandler, soit une version Warner Brothers. Vêtue de la célèbre robe époustouflante noire de Rita Hayworth (et ses fameux gants) dans Gilda, Cybill Shefferd nous offre une version sexy en forme de clin d’œil sur l’air I told ya I love ya and get out. Là encore, nous voici soudain dans un décor d’une chambre d’hôtel éclairée par les néons de la rue dans la nuit. Ainsi, lorsque Bruce Willis joue de la trompette avec un gros “hôtel” qui clignote à la fenêtre, le plan est pris de telle façon, que seul les trois lettres “hot” se projettent. C’est en effet le théâtre d’une liaison torride, orchestrée par la blonde machiavélique (coiffure et maquillage à l’appui, elle se glisse avec aplomb dans le rôle de Barbara Stanwick dans Assurance sur la mort)…

Nous sommes loin d’une production télévisée de ce que nous appelions à l’époque, les feuilletons US… Le scénario, les dialogues, la musique, les plans, tout est créé pour s’adapter à un hommage et non une parodie… en fait, au lieu de tourner en couleurs et d’appuyer sur la touche Noir et blanc au montage, ils ont sorti de vieilles caméras et ont cherché le seul labo qui acceptait de développer la pellicule noire et blanc, celui de la MGM. ABC refusait totalement (comme toutes les innovations de cette série) de montrer au public des années 80 autre chose que de la couleur. Finalement, ils ont cédé mais en imposant que quelqu’un lirait un texte au début pour préparer le public américain qui déteste être surpris ou choqué par ce qui est différent.

C’est là que le producteur a pensé à Orson Welles pour cette fameuse minute de mise en garde. Il lui a envoyé le texte, et à sa grande surprise, la réponse a été : « it’s funny, ok ! » Pour cette séquence, toute l’équipe s’est réunie en silence dans le studio pour voir l’enregistrement… [1]

C’est un épisode culte, exceptionnel, formidablement bien conçu, travaillé, se permettant clins d’œils mais également sachant garder l’humour irrévérencieux et les apartés très second degré avec le public qui ont su nous ravir. En fait, cette recherche de la création artistique a totalement disparue de notre écran, et c’est vraiment dommage ! A voir et à revoir !

[1] ces informations étant apportées dans le bonus intégré au DVD de la saison 2.

L'auteur Marnie
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