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Fin de concession - Avis +
Onirik -> Cinéma -> Critiques -> Dernière mise à jour : le dimanche 7 novembre 2010.

Fin de concession est le troisième documentaire que Pierre Carles sur la télévision et les médias. Le sujet de celui-ci est TF1.



documentaire français de Pierre Carles (2010)

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Présentation officielle

Pierre Carles s’interroge sur la privatisation de la première chaîne de télévision française : n’est-il pas scandaleux que TF1-Bouygues ait vu sa concession renouvelée automatiquement depuis 1987  ?

Reprenant son combat anti-télé inauguré avec Pas vu Pas pris, son premier film, il se confronte aux responsables de l’information qui ont toujours évité d’aborder ce sujet tabou.

Mais l’enquête ne se déroule pas comme prévu  : les vieux dinosaures et les jeunes gardiens du PAF savent désormais comment s’y prendre avec le critique des médias. Pour retrouver son «  fighting spirit  », Carles bat le rappel de ses amis et change de méthode… Dorénavant, finies les concessions !

Avis de Luk

Fin de concession est le troisième documentaire de Pierre Carles sur la télévision et son rapport au pouvoir. Ce film intervient 12 ans après Pas vu pas pris (1998) et 8 après Enfin pris ?.

Dans son premier film sur les médias, Pierre Carles confrontait les responsable des grandes émissions de reportage aux proximités entre monde de la télévision et pouvoir politique ou économique. Ce documentaire qui était initialement une commande de Canal+ fut rapidement enterré par la chaîne sous la pression des autres télévisions.

Pierre Carles avait à l’époque utilisé les mêmes méthodes que les émissions de reportage usaient habituellement : caméras cachées, enregistrement de conversation téléphonique, demande d’interview sur des prétextes fallacieux afin d’aborder les sujets dont il savait qu’ils ne seraient pas abordés autrement.

En 2002, il revint à la charge sur la question des médias, en s’attaquant notamment à Daniel Schneidermann, un journaliste qu’il connaissait bien puisqu’ils avaient travaillé ensemble par le passé. Enfin Pris ? montre comment l’outil d’autocritique de la télévision que pouvait représenter une émission comme Arrêt sur image demeurait partial et pas aussi impitoyable qu’elle voulait bien le prétendre. Le film revient notamment sur le conflit qui avait eu lieu entre Daniel Schneidermann et le sociologue Pierre Bourdieu à la suite d’une émission du premier où le second avait participé.

Pour son troisième et probablement dernier film sur les médias, il revient sur la concession de diffusion de TF1 délivrée en 1991 à Bouygues. Là encore Pierre Carles soulève des questions problématiques et déterre des images d’archive qui font sourire en dépit des enjeux financiers et culturels que cette affaire représente. Il rappelle que Bouygues dispose du droit d’opérer TF1 en vertu d’une concession octroyée par l’Etat au nom du peuple français détenteur des fréquences d’émission qui sont une denrée rare. Pour gagner ce droit face à la concurrence, Bouygues avait présenté un programme répondant au principe du mieux disant culturel qui n’a bien entendu jamais été appliqué.

Au delà des images d’archives, Pierre Carles tente également de questionner les responsables de l’époque, ceux de l’information et aussi des hommes politiques sur les raisons pour lesquelles ce non respect des engagements n’a jamais été abordé ou presque dans les médias ou dans le débat politique tout en débouchant sur une reconduction automatique de la concession. Le film montre dans le même mouvement comment de telles questions sont difficiles à poser : d’une part parce qu’il jouit désormais d’une sérieuse réputation dans le métier, d’autre part parce que personne ne souhaite vraiment se prononcer sur la question. Comme à son habitude, Pierre Carles mène son film et son sujet avec un savoureux mélange de parti pris, d’intégrité, d’humour et de finesse.

Fin de concession est le fruit de 3 ans de travail. Il a bénéficié d’un mode de financement particulier. En effet, afin de finir son film la production a décidé de passer par le site de Touscoprod, permettant à chacun d’investir dans le film. Ce choix a été un succès avec plus de 27 000 € récoltés, bien au-delà de la somme souhaitée initialement. On imagine en effet la difficulté qu’il y a à trouver les fonds pour un tel projet quand on connait le poids des télévisions dans le financement du cinéma. Les quelques images diffusées par Pierre Carles avant la sortie du film ont provoqué un certain émois dans le monde politique avec notamment les images d’Arnaud Montebourg déclarant lors de sa préparation d’une interview pour le film qu’il allait lui donner un coup de main pour mettre la tête de TF1 sous l’eau.

Pierre Carles est parfois comparé à l’américain Michael Moore : il se met en scène, utilise l’humour et l’absurde, va à la rencontre des gens qu’il met en cause pour poser des questions qui dérangent... Pourtant la démarche de Pierre Carles se distingue nettement de celle de Moore. La mise en scène de lui-même n’est utilisée que dans ses films sur les médias. Pas vu pas pris étant le film sur le refus d’un documentaire sur et pour la télévision il était par nature un acteur de celui-ci et il n’apparait pas dans le reste de sa filmographie. Il ne s’agit donc pas de cabotinage, un art dans lequel son homologue américain excelle.

Les intervenants des films de Pierre Carles sont également présentés comme des individus responsables d’eux-mêmes et de leur propos. Même si Pierre Carles n’hésite pas à pointer du doigt ce qu’il considère comme de l’incohérence ou un point faible chez les personnes qu’il filme, il ne fait pas l’étalage de drame personnels afin de tirer des larmes au spectateur, ni de narration moralisatrice, ni encore de déformation grossière de la réalité pour mieux affirmer un point de vue présenter comme une vérité. Il a notamment travaillé avec Pierre Bourdieu, tout particulièrement au travers de La sociologie est un sport de combat dont le travail et l’engagement est l’objet du film. Pierre Carles s’adresse donc à l’intellect sans pour autant pontifier ou endormir.

Le dernier point spécifique qui est tout particulièrement important dans Fin de concession est la réflexivité de la démarche. Certes il s’agit d’un film subjectif et militant et qui s’assume comme tel, mais Pierre Carles vise aussi à donner les clés de cette subjectivité, il pointe tout autant les faiblesses des autres que les siennes propres. Cette réflexivité n’est pas du nombrilisme mais bel et bien une forme de lucidité contagieuse que l’on attrape volontiers en visionnant ses films.

Cette lucidité est tout à fait centrale dans Fin de concession où Pierre Carles constate finalement l’inefficacité de son action et opte, toujours avec un fond d’autodérision pour une radicalisation de son action.

Pour sa lucidité, l’honnêteté de son propos, son intelligence, Fin de concession est un film à ne pas manquer et il n’est même pas nécessaire pour cela de partager les positions contestataires de Pierre Carles.

Fiche Technique

Sortie : 27 octobre 2010

Avec Jean-Marie Cavada, Jacques Chancel, Jean-Pierre Elkabbach, etc.

Genre : documentaire

Durée : 131 minutes

Distributeur : Shellac

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L'auteur Luk
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