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Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le lundi 13 mars 2017.

Comment les paysans français résistent à l’administration pour continuer à produire des ingrédients de qualité



Editeur : J’ai lu

essai de Isabelle Saporta

Présentation de l’éditeur

Savez-vous quelle pression écologique un âne exerce sur son pâturage ? Votre carrelage est-il réglementaire ? Connaissez-vous le supplice de la pédichiffonnette ? La hauteur de votre " végétation concurrentielle " - l’herbe ! - est-elle conforme ? Vous êtes perdu ? Eux aussi ! Ils s’appellent Gérard, Nelly, Jean-Baptiste, Anaëlle...

Isabelle Saporta, journaliste et auteur notamment du Livre noir de l’agriculture et de VinoBusiness, les a rencontrés. De Tracy-sur-Loire à Créances, de Noceta à Eygalières, ils sont éleveurs d’agneaux de pré-salé ou de poules de Marans, fabricants de bruccio, de beaufort ou de roquefort, vignerons... Vous mangez leurs viandes, leurs fromages. Vous dégustez leurs vins. Leurs produits sont servis sur les plus grandes tables du monde. Et pourtant... l’administration les harcèle en permanence, transformant leur quotidien en enfer.

Quant à l’agrobusiness, il attend tranquillement son heure. Son arme pour mettre à mort ces défenseurs du terroir ? Les asphyxier sous d’innombrables normes formatées par et pour les multinationales. Ceux qui résistent ne demandent qu’une seule chose : qu’on cesse d’assassiner en toute impunité la France de la bonne chère !

Avis d’Emilie

On espère, en commençant ce livre, qu’il ne sera pas trop ardu. La plupart des lecteurs n’y connaissent rien en normes agricoles, et on a un peu peur d’être perdu. Qu’on se rassure, c’est un peu le but de l’ouvrage, de nous perdre. Sauf que tout le monde, y compris les éleveurs, maraîchers, et paysans, pédalent en pleine choucroute (AOC, le chou pour la choucroute hein !).

Après une introduction assez courte qui présente le contenu du livre, on passe à des témoignages de producteurs de produits de grande qualité. Leurs métiers sont indispensables à la gastronomie française, et pourtant, ils sont constamment harcelés par toutes les administrations pour des broutilles.

Parmi eux, deux exemples marquent particulièrement le lecteur. Celui d’Anaëlle et son mari, éleveurs d’agneaux en pré-salé dans le Nord. Ils ont installé un abreuvoir pour leurs bêtes. Normal. Sauf qu’une inspectrice leur a dit qu’il leur fallait une autorisation, car leurs champs sont des terres protégées. Ils ont fait la demande. On leur a refusé leur abreuvoir. Ils l’ont donc retiré. Et ont reçu une amende pour maltraitance animale, car il n’y avait plus d’abreuvoir.

Deuxième exemple dans l’Aubrac. On donne une prime aux éleveurs pour qu’ils produisent de la viande. On trait moins les vaches qui finissent par donner plus de muscles. Quelques années plus tard, on leur impose des quotas pour produire plus de lait. Sauf que, depuis ce temps, les bêtes se sont presque taries, évidemment. Il faut donc se tourner vers des races suisses pour parvenir à ré-équilibrer les bovidés de l’Aubrac, comme elles l’étaient avant ces normes.

Ubuesque ? Ce ne sont que deux témoignages sur la trentaine que ce livre regroupe. Très intéressant et enrichissant, il permet de se rendre compte du quotidien des paysans fournissant les bons produits de terroir. Savez-vous comment fonctionne un abattoir ? Ce qu’est une coopérative ? Comment sont rémunérés les producteurs ? Au-delà des récits en eux-mêmes, on apprend vraiment plein de choses ! On aura également l’occasion de découvrir les arguments d’administrateurs et de chercheurs.

Parmi elles, un fait revient assez souvent. La France ignore les recommandations de l’Europe. Les administrations françaises sont rigides et l’Europe a bon dos. On le voit notamment en Corse, où les éleveurs de brebis ont dû s’organiser en association pour lutter. L’Europe dit que pour les petits éleveurs, il faut être souple, compte tenu de leur manque de moyens.

Les services vétérinaires (renommés depuis en Service de protection des consommateurs, comme si les éleveurs voulaient nous empoisonner...) exigent arbitrairement, par exemple, du carrelage jusqu’au plafond des salles de fromages. Il s’agirait soi-disant une directive de l’Europe. En fait, aucun règlement ne l’ordonne, et il faudra que l’association se batte pour le faire reconnaître. Du temps qui aurait sans doute pu être employé à meilleur escient.

On aime que l’auteur ne mâche pas ses mots. Des noms, des marques... Ça balance ! Saviez-vous que la fêta Salakis n’en est pas ? La feta est une AOP grecque, or, la Salakis est fabriquée en France, en Corse. Belle tromperie, pourtant tout à fait légale.

Par contre, le petit défaut pénible de cet ouvrage est que dès qu’on parle d’une femme, éleveuse ou maraîchère, son nom est précédé d’un adjectif qui parle de son physique. En quoi est-il important pour le lecteur de savoir que Nelly est belle ou qu’Anaëlle est mince ? On pardonne à l’auteur (une femme pourtant !) parce qu’elle parle surtout (et heureusement) de leur compétence et de leurs qualités. Il n’empêche qu’introduire une femme par son physique, et ce systématiquement, est vraiment très pénible.

Ce livre devrait être déclaré d’utilité publique et il faudrait que tous les brasse-papiers le lisent et appliquent le BSP dont ils manquent tant. BSP pour "Bon Sens Paysan", évidemment !

Fiche technique

Format : poche
Pages : 352
Editeur : J’ai lu
Collection : J’ai lu
Prix : 7,20 €

A gagner !

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du 19 au 29 octobre 2017


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