Onirik
Interview de Caly
Onirik -> Bande dessinée -> Interview -> Dernière mise à jour : le vendredi 28 septembre 2018.
Lieu : Japan Expo 2018

questions de Marjolaine Ta

Onirik : Bonjour, on va commencer par une question classique, pouvez-vous vous présenter, parler de votre parcours et nous dire comment vous avez commencé à faire du manga ?

Caly : Je m’appelle Caly. Je suis l’auteure de Hana no Breath aux éditions H2T, ainsi que de MaHo Megumi en auto-édition [1]. J’ai commencé à faire du manga car je dessinais déjà toute petite. Je suis tombée dans la culture manga avec les animes, comme Magical DoRéMi ou Card Captor Sakura [2] qui passaient sur M6 ou Midi les zouzous.

Comme je dessinais, j’avais déjà une petite base et les mangas, c’est vraiment ce qui m’a donné envie d’écrire mes propres histoires et créer mes propres personnages. C’est après quelques années suivant cette période-là que j’ai commencé mon premier manga (MaHo Megumi) à 15 ans. J’ai fait plusieurs tomes, et c’est grâce à ça que j’ai été repérée par H2T. Ils ont vu mon travail en amont, ils ont vu que je savais tenir sur la distance et faire du travail assez humble pour être éditée. Ils m’ont donc contactée, ils m’ont dit « Qu’est-ce que tu peux nous proposer ? » et j’avais cette série Hana no Breath qui me tenait à coeur et assez développée. J’avais déjà les personnages en amont, une première version du manga. J’étais encore amateur, j’avais le thème, alors je me suis dit que j’allais commencer par là ce qui me permettrait de faire mes preuves dans le milieu éditorial.

Onirik : Donc, c’est vous qui avez proposé ce projet, de le reprendre pour eux ?

Caly : Oui, c’était vraiment à la sortie de mes études qu’on m’a contactée. Je ne m’y attendais pas, alors avec ce projet, j’étais rassurée. Je savais ce que je voulais faire avec mon histoire, c’était donc le bon projet pour me lancer. Et ça a été accepté, j’en étais ravie.

Onirik : Est-ce que vous connaissiez déjà les éditions H2T avant cela ?

Caly : Pas du tout car en fait, ils ont commencé au même moment. C’était une jeune maison d’édition, qui cherchait encore des auteurs pour leur lancement en 2016. Donc les deux autres auteurs et moi, on fait partie de ceux qui ont fait la naissance de H2T. Personne ne les connaissait avant.

Onirik : Que pensiez-vous de l’aspect pré-publication en ligne, chapitre par chapitre, puis éventuellement, à ce moment, de la publication en version papier ?

Caly : Ça m’a beaucoup attirée la prépublication car je viens des webséries. C’est-à-dire que je publiais les pages de mon manga auto-édité en ligne. Cela m’a permis de faire des liens. Je suis très proche des gens via le web, donc cette publication permet de garder un lien avec les lecteurs. Cela relève de la création de l’oeuvre, c’est donc bien comme il y a tellement de titres qui sortent en manga ou même tout bonnement en littérature. Il faut toujours être présent car sinon on disparaît vite. C’est pourquoi il faut utiliser les médias de notre temps pour avoir de la visibilité, et des personnes pour commenter ce qu’on fait. Il y a ainsi un vrai échange avec les lecteurs tout au long de la création de l’oeuvre.

Onirik : Pouvez-vous présenter ce manga, Hana no Breath ?

Caly : Hana no Breath c’est l’histoire d’Azami qui a un idéal de prince charmant. Elle a un garçon de ses rêves et elle le retrouve en la personne de Gwen. C’est un garçon de son lycée, doué en sport, super gentil, bref tout le tralalala. Elle va vouloir lui faire sa déclaration et quand elle y va, elle va tomber nez à nez avec lui qui est en fait elle. Le fait que Gwen soit une fille va l’obliger à remettre en question tous les préjugés qu’elle pouvait avoir sur l’amour, sur les sentiments. Elle va devoir dépasser ça pour voir si elle peut être avec Gwen ou pas.

Onirik : D’où vient le nom de la série et pourquoi avoir choisi un nom à moitié japonais et à moitié anglais ?

Caly : Le nom de la série Hana no Breath, vient plus d’une volonté de transmettre une émotion. Hana signifie fleur en japonais et Breath signifie souffle en anglais. Il y a une idée de printemps, d’éclosion des sentiments. Et le mixte des langues c’est surtout pour une question de sonorité. Ce nom est d’ailleurs venu plutôt naturellement, je trouve que le mot « Hana » est très expressif, très doux également.

Onirik : Est-ce que c’était prévu dès le début que la série se termine en deux volumes ?

Caly : Oui, c’était prévu que la série soit assez courte dès le début et plutôt sous forme de petits arcs. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a pas mal d’ellipses. Ce sont donc des petits arcs narratifs d’événements qu’elles vivent toutes les deux, Azami et Gwen.

Onirik : Quel a été le personnage le plus difficile à dessiner et à faire évoluer ? Et inversement, le plus facile ?

Caly : Le plus difficile, je dirai que c’est peut-être Gwen, car elle est celle qui a le plus d’évolution. C’est un personnage qui se remet beaucoup en question, surtout par rapport à son secret. Concrètement, maintenant elle remet en question son identité, son rapport à elle-même. Je pense qu’avant elle ne se posait jamais de question sur ça. Mais le fait d’avoir une relation plus intime avec quelqu’un, l’oblige à se poser des questions sur elle-même. Il y a donc beaucoup d’évolution au niveau de son caractère et au niveau de son physique (ses cheveux qui poussent, ses vêtements, etc.). Donc c’est vraiment un personnage qui va être plus confronté au regard des autres, et cela, malgré le fait que ce soit plus tôt Azami l’héroïne du manga. Mais les rôles ont parfois tendance à s’échanger et Gwen devient l’héroïne.

Et le plus facile… Je ne sais pas. *Rire* Je trouve que c’est Judith, le personnage un peu récurrent, un peu la rivale d’Azami. C’est une personne beaucoup plus stable, beaucoup plus sûre d’elle que nos héroïnes. Donc même en la dessinant, on retrouve cette stabilité.

Onirik : Est-ce que les avis des lecteurs en prépublications ont influencé la conception et l’évolution de l’histoire, certains détails ou certaines scènes ?

Caly : Alors pas forcément car les retours que j’ai eus n’étaient pas sur un point précis mais plus l’histoire globale. C’était des commentaires globaux plutôt que des demandes comme quoi on veut voir plus tel ou tel personnage. Cependant, sur d’autres publications, ça m’est arrivé de remarquer qu’il y a un engouement très très fort pour un personnage. Et ce n’est même pas conscient, mais on arrive à le mettre plus en avant.

Onirik : Avez-vous un personnage préféré ?

Caly : Ça dépend de mon état d’esprit.

Onirik : Y a-t-il des œuvres, des mangas, ayant des thématiques similaires (comme le travestissement, la question du genre, etc.) qui vous ont influencé pour cette série ?

Caly : Il m’arrive de lire des histoires avec du travestissement, et ce genre de thème, mais je n’en vois pas forcément une en particulier. Après en influence ce qui me vient c’est plus général, comme Ryoko Fukuyama (mangaka de Masked Noise, Nosatsu Junkie, etc). Elle a sorti plusieurs titres en France, et ce que j’aime chez elle c’est que c’est une touche à tout. Elle a fait un manga sur la mode, un autre sur la musique et en même temps elle met en valeur les sentiments des personnages. C’est ce genre d’auteures que j’aime beaucoup. Il y a aussi Yuhki Kamatani [3], qui montre aussi les sentiments de ses personnages. Après, il y en a beaucoup, mais en soi, ce sont mes préférés.

Onirik : Où se situe exactement l’histoire du manga ? On dirait que c’est au Japon avec les uniformes scolaires, les clubs, mais à côté, il y a les grandes vacances d’août avec la rentrée scolaire en septembre, ce qui est plus français. Et puis on remarque aussi qu’il y a plein de personnages d’origines différentes, c’est très diversifié. Ou bien c’est même un univers alternatif ?

Caly : Ce n’est pas vraiment un univers alternatif, mais c’est plutôt comme si c’était un endroit qui serait partout et nulle part en même temps. Ce qui permet aux personnes qui le lisent, pas forcément de s’identifier dans la proximité, mais plutôt dans le fait que ce soit général. On peut se mettre à la place des personnages et se dire que ça pourrait être chez soi, quelque part où on aimerait bien vivre. C’est en fait une histoire qui pourrait avoir lieu n’importe où. Ce choix là de la diversité dans les prénoms et dans les lieux fait que ça peut ressembler à tout. Il y a des lieux avec des influences japonaises car j’aime beaucoup le Japon, mais aussi européennes car c’est ma culture.

En plus avec l’uniforme ça permet de renforcer davantage le jeu du travestissement. Même si on pouvait aussi avoir ce type de quiproquos avec des personnes qui s’habillent comme elles veulent, comme Gwen quand elle s’habille avec les vêtements de son grand frère. Ça aurait pu avoir lieu, mais l’uniforme a vraiment ce plus, cela appuie vraiment l’intrigue initiale qui est au final assez caricaturale.

Hana No Breath © 2017 / Caly - Editions H2TOnirik : Par rapport à Judith. Pourquoi en avoir fait un personnage aussi présent dans les deux volumes ? Et même si Azami la voit comme une menace, c’est souvent grâce à son intervention à elle que Gwen et Azami se rabibochent.

Caly : Pour deux raisons. Mais du coup, je vais commencer par revenir un peu sur ce que j’ai dit avant sur l’influence des lecteurs sur la série. Sur la première version que j’avais faite d’Hana no Breath, le personnage avait été vraiment énormément apprécié. C’est donc possible que cela m’ait influencé pour la suite. L’autre raison est que Gwen et Azami sont deux jeunes filles qui se prennent beaucoup la tête sur le fait de vouloir être aimée de l’autre. Et elles n’arrivent pas forcément à exprimer ces sentiments.

Ainsi, il faut toujours une tierce personne qui va faire avancer les choses et leur rappeler «  Hé les filles, en fait vous êtes sur la même longueur d’onde. Je vous dis pas ça pour que vous finissiez ensemble, moi ça ne m’arrange pas. Mais c’est super flagrant. ».

Judith, c’est aussi une touche d’humour à cette histoire. Azami et Gwen sont du type hyper naïves, alors que Judith est plus réaliste et amène un petit côté décalé, ça change de l’aspect naïf, voire mièvre de l’univers.

Attention les questions suivantes révèlent des éléments du deuxième tome.

Onirik : Une question qui spoile la fin du deuxième tome. Est-ce qu’il était prévu dès le départ que Toshua soit un garçon ? Car on se rend compte que dans le premier tome, ça n’a pas l’air d’être le cas par rapport aux dialogues.

Caly : Alors Toshua, c’était un personnage sur lequel j’ai effectivement eu une hésitation sur le fait de savoir si ça serait un garçon ou une fille. Je m’étais déjà un peu décidée au début quand j’ai commencé à publier sur internet. Mais après, il y avait encore une toute petite hésitation à la fin du tome 1.

En plus Toshua est un personnage qui est vraiment dans son univers avec Margaret, du coup, je ne voulais pas que son personnage relève les invectives des jeunes lorsqu’ils se font agresser. A cela s’ajoute le fait qu’il a déjà dû être pris pour une fille, sans qu’il ne s’en fasse la remarque. On se rend bien compte qu’il est dans son monde.

Dans le tome 2 par contre, on a vraiment plus fait attention aux dialogues pour que son genre ne transparaisse pas et reste ambiguë.

Onirik : Si vous rééditez le tome 1, est-ce que vous allez faire des modifications de ces dialogues ?

Caly : Je ne sais pas, car en même temps, ça me parle parce que quand j’étais plus jeune ça m’arrivait de dire des mots sans les accorder ou même autrement. Je viens du sud-ouest et on a tendance à mettre des « -euh » un peu partout. Mais ça marche dans les deux sens, moi je dis souvent « Je suis content. » à la place de «  Je suis contente. ». Ce n’est pas significatif. Après on peut faire passer ça pour un accent quand il dit « Ah je suis nul-le », mais à l’écrit ça passe moins bien.

Onirik : Alors même si c’est terminé en 2 tomes, avez-vous prévu ou aimeriez-vous faire une saison 2 ? Une suite, un spin-off sur des personnages de l’univers ? Car on peut le dire, on s’attache assez rapidement à ce petit monde.

Caly : Concernant la série, elle est vraiment finie. Mais… Je ne sais pas ce que je peux dire pour l’instant, car ce n’est vraiment encore qu’en projet et que rien n’a encore été validé. En tout cas dans l’idéal, il y a dans Hana no Breath des indices de la prochaine série que j’aimerais faire dans cet univers. Je ne peux pas vraiment en dire plus.

Mais en tout cas, ça ne sera pas pour tout de suite et avec des personnages principaux différents. De toute façon dans l’immédiat je vais me concentrer sur le 6e tome de mon autre série (MaHo Megumi en auto-édition) que j’ai dû mettre en pause pour Hana no Breath. Même si je vais travailler en parallèle sur cette idée.

Onirik : D’ailleurs, pour la création d’Hana no Breath, comment cela s’est-il passé ? A quel point est-ce différent de l’auto-édition ?

Caly : La communication avec les éditions H2T s’est très bien passée. Je suis vraiment ravie d’être chez eux, c’est une super expérience, j’ai vraiment appris énormément en deux ans. C’est totalement différent de l’auto-édition. J’aime beaucoup l’auto-édition, mais j’aime aussi beaucoup l’édition par un éditeur. Il y a des avantages et des inconvénients aux deux. J’essaye de construire mon expérience d’auteur en puisant dans les points positifs des deux.

En tout cas, il n’est pas encore prévu que je me sépare de l’un ou de l’autre, ma série en auto-édition est prévu en 10 tomes environ et nous n’en sommes qu’au 5e. Donc pour l’instant, je vais continuer comme ça. H2T, il y avait une proposition et c’était à un moment où je pouvais le faire. Dans ce métier, je pense qu’il faut saisir les opportunités qui nous permettent d’avancer. Je suis donc toujours ouverte aux différentes possibilités, aux nouvelles expériences.

Hana No Breath © 2017 / Caly - Editions H2TOnirik : Plus personnellement, est-ce que vous arrivez à vivre de vos créations ou bien avez-vous un autre travail ?

Caly : Je travaille entièrement sur mes projets. Je n’en vis pas encore à 100 %, je suis encore dans une situation intermédiaire. Mais c’est dans mon projet de faire en sorte que ça fonctionne.

Onirik : Avez-vous déjà eu des retours de la fin de Hana no Breath ?

Caly : Un petit peu et c’est que du positif, je suis vraiment contente. Je suis ravie d’avoir des fans aussi gentils. Ils sont très touchants, ils disent vraiment beaucoup de bien sur ce que je fais. Ça me fait beaucoup de bien et ça me motive. C’est toujours super de savoir que ce qu’on écrit arrive à toucher des gens.

Onirik : Une petite chose à rajouter sur Hana no Breath ?

Caly : Le tome 2 sort officiellement le 16 août, même s’il est disponible spécialement en avant-première pour Japan Expo. Sinon, ça me surprend que personne ne m’a fait remarquer qu’il y avait des alpagas sur le rabat de la couverture, alors que j’en ai mis sur les deux tomes. Personne ne m’a dit « Mais pourquoi des alpagas ? », du coup j’attends que quelqu’un demande.

Onirik : On va donc poser la question, pourquoi y a-t-il des alpagas sur le dos de la couverture du manga ?

Caly : C’est parce que j’aime bien les alpagas et en fait à la base, c’est une référence au film Tous en scène !, celui avec des animaux qui chantent. Dedans, il y a une comptable qui s’appelle Judith et c’est un alpaga ! Ça vient de là ! Mais quand je les ai mis la première fois sur le rabat de la couverture, je me suis dit que j’allais le présenter à l’éditeur et qu’on verrait bien. Et il a totalement accepté, du coup j’en ai mis partout.

Onirik : Merci beaucoup à vous, Caly, d’avoir répondu à nos questions.

On remercie Caly pour son temps ainsi qu’aux Éditions H2T qui nous ont permis de faire cette interview.

Retrouvez la série en lecture en ligne sur Weekly Comics.

[1] Un tipeee est d’ailleurs ouvert pour la production du tome 6 de la série.

[2] Aussi connu sous le nom de Sakura chasseuse de cartes, éditée chez Pika Édition

[3] Mangaka du manga Éclat(s) d’âme édité chez Akata Edition


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