Onirik
Les mutilations sexuelles féminines dans le monde
Onirik -> Mythes & réalités -> Ethique -> Dernière mise à jour : le lundi 10 décembre 2007.

Mais qu’appelle-t-on mutilations sexuelles ? Qui les pratique ? Depuis quand ? Pourquoi ?



Le mannequin Katoucha, égérie d’Yves Saint Laurent, dévoile dans son autobiographie récente Dans ma chair , publiée chez Michel Lafon, le secret de l’excision dont elle a été victime à neuf ans .

Présentation du livre par son auteur : J’ai grandi entourée d’hibiscus et d’ylang-ylang. Je m’enivrais des odeurs les plus suaves, et me rêvais déjà parfumeuse ou mannequin chez Courrèges, comme ma tante « Turquoise cette belle femme qui nous rendait visite dans son auto turquoise, drapée d’une mousseline assortie. On est au début des années 60, la Guinée vient de basculer dans la dictature communiste. Mais nous, les enfants, nous vivons dans une bulle merveilleuse. Ma mère, une intellectuelle formée en France, sait détourner notre attention des atrocités du régime. Malgré l’endoctrinement, les délations, les pendaisons publiques, j’ai le cœur léger. Mais cette parenthèse dorée va se noircir en quelques secondes. Sous une lame. J’avais 9 ans, nous vivions à Conakry, la vie était belle. Un jour, maman m’a dit qu’on allait au cinéma. Et je me suis retrouvée victime d’un film d’horreur. Un traumatisme inouï, dont je n’avais jamais réussi à parler, avant de rencontrer l’amour et d’écrire

Depuis un certain temps Katoucha a décidé de s’impliquer dans la lutte contre ces pratiques douloureuses et ancestrales en créant une association KPLCE dont le mot d’ordre est : "Ouvrons le débat sur ce sujet tabou, rompons le silence, donnons-lui un écho international et participons à sa disparition annoncée en divulguant les réalités religieuses, médicales, psychologiques et sociales de cette pratique ancestrales".

Mais qu’appelle-t-on mutilations sexuelles ? Qui les pratique ? Depuis quand ? Pourquoi ?

Historiquement, les mutilations sexuelles sont essentiellement présentes en Afrique sub-saharienne (28 pays), dans quelques régions du Moyen-Orient (Yémen, Arabie Saoudite, Emirat d’Oman) et de l’Asie (Malaisie, Indonésie, Inde), soit au total dans quarante pays au monde, selon Dre Nafis Sadik, Directrice du Fonds des Nations Unies en matière de population (FNUAP). Sur les vingt-huit pays africains qui les pratiquent, la proportion des femmes excisées varie beaucoup : 1,4 % au Cameroun, 90% au Mali, 96 % en Guinée. Cette pratique qui existait bien avant l’arrivée des religions monothéistes est due en général à la coutume et à l’appartenance ethnique. Elle serait apparue il y a près de 3000 ans en Egypte antique, certaines momies ont révélé qu’il existait déjà des pratiques d’excision. Beaucoup plus récemment, au XIXe siècle, et beaucoup plus près de nous, en Grande–Bretagne et en France, on a pratiqué l’excision dans des hôpitaux psychiatriques pour lutter contre la masturbation féminine. Il en a été de même en Amérique du Nord, d’après Belal et Blanchot (1999) : « Au XIXe aux États-Unis, l’Orificial Surgery Society se fit la propagandiste de l’ablation des organes où siégeait le diable. » [1]. Un foyer européen de mutilations génitales masculines et féminines d’inspiration religieuse (une secte chrétienne russe, les « skoptzis ») s’est développé durant deux siècles en Russie.

On note un recul de ces pratiques depuis quelques années peut être dû à une meilleure application des lois et à la scolarisation des femmes (le risque de mutilation décroît avec l’augmentation du niveau d’instruction). Les premières prises de position contre les mutilations sexuelles féminines apparaissent en 1952 dans une résolution de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies mais ce n’est qu’en 1990 que des recommandations internationales explicites sont diffusées et qu’en 2003 que l’ensemble des pays membres de l’Union africaine signent un protocole condamnant officiellement les mutilations sexuelles et les interdisant. Entre 1946 et 2001, quinze pays africains ont interdit officiellement ces pratiques même si cela reste souvent théorique. En juin dernier, suite au décès de deux jeunes filles de 12 et 13 ans, le ministre Egyptien de la santé a annoncé que cette pratique était officiellement bannie (en 1997 la loi interdisait l’ablation du clitoris tout en l’autorisant « dans des cas exceptionnels » sic !).

L’OMS distingue quatre types de mutilations sexuelles féminines :

-type I : excision du capuchon avec ou sans excision partielle ou totale du clitoris _


-type II : excision du clitoris, avec excision partielle ou totale des petites lèvres (80% des mutilations) _


-type III : excision partielle ou totale des organes génitaux externes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation qui représente 15% des mutilations). A noter qu’il est indispensable de rouvrir l’orifice du vagin pour avoir une activité sexuelle. _


-type IV : autre (piqûre, perforation ou incision), l’introcision (pratiquée par les aborigènes Pitta-Patta d’Australie et les Conibos, branche des indiens Panos, au Pérou) _


Les conséquences pour la santé des femmes sont liées au type de mutilation pratiquée. L’OMS les classe en trois catégories :

- les conséquences médicales à court terme, telles que la douleur, les hémorragies, le risque de rétention urinaire, les infections et l’état de choc consécutif à l’événement

- les conséquences médicales à long terme, dyspareunie, frigidité, comme les infections pelviennes, la stérilité, les difficultés menstruelles et les problèmes pendant la grossesse et l’accouchement (déchirures périnéales plus fréquentes et souffrances fœtales), les fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales entraînant des problèmes d’incontinence. Une infibulation augmente de 30% le risque de césarienne, de 88% le risque d’épisiotomie et de 70% le risque d’hémorragie de la délivrance, pour les nouveaux nés le risque de surmortalité est 55% plus grande. Dans le contexte africain, 10 à 20 nouveaux nés sur 1000 décèdent de ces pratiques (étude menée pour l’OMS entre 2001 et 2003).

- les conséquences psychologiques, mentales et sociales comme l’altération de la sensibilité sexuelle ou les complications psychiatriques (angoisse, dépression).

Dans le monde 100 à 140 millions de filles ont subi une mutilation sexuelle qui a eu généralement lieu avant l’âge de quinze ans. Le plus souvent les MSF sont pratiquées sans anesthésie, avec un couteau ou une lame de rasoir et ensuite recouvertes par des pansements à base de plantes et de cendres. Les jambes de la fillette sont le plus souvent attachées pendant une dizaine de jours pour permettre la cicatrisation.

Les principales raisons invoquées pour les MSF sont d’ordre :

- mythique : les organes sexuels féminins représentent un risque de mort pour le nouveau né à la naissance, il faut affirmer la sexualité de l’enfant en circoncisant le garçon pour éliminer la partie féminine et excisant la fille pour éliminer la partie masculine, les organes sexuels féminins sont sales, il faut purifier la femme, les femmes excisées sont plus fécondes

- sociologique : rite d’initiation à l’âge adulte

- sexuel : pour atténuer le désir sexuel chez la femme et assurer sa fidélité

- religieux : dans certaines sociétés religieuses musulmanes, chez certains chrétiens coptes ou chez des juifs falashas originaires d’Ethiopie (à noter qu’aucune religion ne recommande leur pratique)

- rituel : il s’agit chez certaines ethnies de coutume et de tradition qui perdurent depuis la nuit des temps.

En France la présence des femmes excisées est un phénomène connu depuis une trentaine d’années. On peut estimer que cela concerne actuellement à peu près 50 000 femmes. Dès 1979, des lois sont mises en place ; les mutilations relèvent de l’article 222 du code pénal sur les violences renforcées en 2004 ; les peines encourues par les parents et les personnes pratiquant l’intervention peuvent aller jusqu’à 20 ans de réclusion. Depuis 1979, il y a eu en France plus de vingt procès, à l’encontre de parents dont les enfants sont morts sur le territoire français à la suite d’excisions, mais aussi à l’encontre d’exciseuses. Les "affaires d’excision" ont été jugées en correctionnelle jusqu’en 1983 où la cour de cassation a établi que l’ablation du clitoris était bien une mutilation au sens du code pénal français, à l’occasion du jugement d’une femme française ayant mutilé sa fille. Mais il s’agissait d’un cas de mauvais traitements sortant du « cadre traditionnel ». Dans les affaires "d’excision traditionnelle" traitées par la justice française, les peines de prison prononcées ont été assorties de sursis jusqu’en 1991 pour les exciseuses et jusqu’en 1993 pour les parents. Dans le cadre de la protection de l’enfance, les professionnels sont soumis à un devoir de signalement, article 223-6 du code pénal, en cas de menace d’excision d’une fillette ou d’une adolescente en France ou à l’étranger, il faut prévenir le procureur de la république du tribunal de grande instance du lieu de résidence ou la PMI ou l’ASE. Une politique de prise en charge commence à se mettre en place, la chirurgie réparatrice pratiquée par une dizaine d’hôpitaux est remboursée par l’assurance maladie (exérèse des kystes, libération des névromes, désinfibulation, clitoridoplastie)

Certains hommes élargissent le débat sur la pratique de la circoncision en invoquant aussi «  les droits de l’enfant, le droit de la personne, quel que soit son âge, à la libre disposition de son corps et au respect de son intégrité physique, sentimentale et morale » [2] . Ils protestent en particulier contre la recommandation de l’OMS (mars 2007) qui déclare que la circoncision protégerait du SIDA, relayés en cela par l’AFAO et le Conseil National du SIDA en France. Selon le slogan de Marylin Milos (NOCIRC 2006), le SIDA ne doit pas être combattu par l’amputation mais par l’éducation et le rappel de l’éthique amoureuse. D’autant que comme le rappelle le Dr Devon Brewer dans un article paru dans Témoignages en avril 2007, « Nous avons constaté que les jeunes garçons vierges et circoncis étaient plus souvent séropositifs au VIH que ceux chez lesquels cette intervention n’avait pas été pratiquée ». En clair l’infection s’est faite au moment ou au décours de la circoncision. En Finlande, le tribunal correctionnel de Turku a condamné une mère musulmane d’un garçon de 4 ans qui avait fait circoncire son fils sans consentement du père en estimant qu’il y avait violation de la loi contre toutes mutilations corporelles non médicalement nécessitées. A Francfort en septembre 2007, la cour d’appel a condamné le père d’un enfant de 11 ans qui avait été circoncis sans son approbation. La cour n’a pas donné d’âge minimal auquel les parents doivent demander la permission de l’enfant pour exécuter une circoncision.

Conclusion

De nombreuses organisations travaillent pour bannir définitivement les mutilations sexuelles féminines : le GAMS, le CAMS et le MFPF en France, Tostan en Afrique, E-solidarité au Kenya et en Suisse, Femmes africaines Horizon 2015 au Québec etc… Elles militent au nom des droits de l’enfant en informant sur les conséquences désastreuses de ces mutilations et redonnent la parole aux femmes mutilées pour briser la loi du silence. Car la législation n’est pas la solution miraculeuse pour mettre fin à des pratiques ancestrales, ce qu’il faut c’est parler, convaincre, éduquer, informer et impliquer les populations locales, femmes et hommes, jeunes et vieux.

Trois films et documentaires à découvrir pour mieux saisir la problématique : Dabla ! Excision d’ Erica Pomerance, The day I will never forget de Kim Longinotto et Moolaadé de Sembene Ousmane.

[1] Aoua Bocar Ly-Tall, sociologue

[2] Sigismond

L'auteur Enora
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