Onirik
Masterclass de Rupert Sanders pour Ghost in the Shell
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le mercredi 29 mars 2017.
Lieu : Paris

le mercredi 22 mars 2017

Merci beaucoup d’être venus.

Question : Nous avons beaucoup de questions pour vous.

Rupert Sanders : Je l’espère bien, allez-y.

Question : Les deux premières questions seront très conventionnelles, mais vous ne pouvez pas y échapper, d’abord vous souvenez-vous de la toute première fois où vous avez vu le dessin animé ? Et la deuxième c’est, est-ce que lorsqu’on vous l’a proposé vous avez hésité à accepter de vous attaquer à ce film culte, souvent même considéré comme un chef d’oeuvre ?

Ruper Sanders : Je l’ai vu comme effectivement sous forme d’une VHS poussiéreuse et quelques années après la sortie, j’ai été complètement bluffé car je ne savais même pas que ça existait des films d’animation pour adultes. Ce monde complètement dingue et ses personnages extraordinaires.

C’est vrai que la première fois que j’ai rencontré Spielberg, qui avait les droits du film, et je lui ai proposé ma vision, mon concept et après ce rendez-vous, il m’a dit : « Je suis ravi que ce soit toi qui le fasse ». C’est là seulement que je suis devenu très nerveux. Je me suis dit : « Bon il faut le faire. »

Question : Vous pourriez résumer ce que vous avez dit à Steven Spielberg ?

Rupert Sanders : Je lui ai surtout dit que je voulais rester loyal avec l’esprit de ce film d’animation. De faire partie, en quelque sorte, de l’héritage de cet animé. Je lui ai dit que je trouvais qu’il allait dans une intention trop éloignée de l’esprit de ce film d’animation. Je trouvais qu’il avait, qu’on avait perdu le côté philosophique et spirituel et qu’il fallait revenir à ces idées fondamentales. C’est difficile quand on fait un film à gros budget, il y a souvent des idées moins fines et moi je tenais à ce qu’on parle d’idées importantes, pertinentes et donc il fallait jongler avec ces deux choses.

Question : Qu’est-ce qui était pour vous le plus excitant dans le fait de relever ce défi ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile à accomplir ?

C’est un film complexe surtout en ce qui concerne à la fois le jeu des acteurs mais aussi le monde que nous devions construire. Car chaque scène du film est faite de multitude de couches où j’expose des idées plus ou moins fines, plus ou moins évidentes. Il fallait que cette vision traverse tout entier le film et qu’il n’y ait pas de séparation entre le monde que nous construisions, les lieux dans lesquels nous filmions mais aussi les idées que je voulais évidemment transposer à l’écran. On ne pouvait pas simplement arriver sur un lieu de tournage et dire « Super on va construire ici... », non, à chaque fois, il fallait construire tout un monde, construire des lieux, construire des voitures, penser aux costumes etc. Donc il y avait un design extrêmement détaillé qui répondait au concept. C’était très important. On voulait, à travers les visuels, les images, donner vie aux métaphores et aux thématiques du film. Car dans le subconscient, il y avait souvent les idées que je voulais décliner, et se passaient non pas par le dialogue, mais évidemment par l’image et l’esthétisme.

Question : Ghost in the Shell est seulement votre deuxième long-métrage après Blanche-Neige et le Chasseur, avez-vous été surpris quand on vous propose ces deux projets importants, ambitieux et qui ont de gros budgets avec beaucoup d’effets spéciaux ?

Rupert Sanders : D’abord je réalise des films publicitaires depuis plus de 15 ans avant Blanche-Neige et le Chasseur, c’est pas comme si Spielberg m’avait dit un jour, croisé dans un Starbucks et m’avait tapé sur l’épaule en me disant : « Dis donc, ça serait super que tu fasses des films. » Non, c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de meeting etc. et puis il aimait ce que je faisais bien évidemment dans la publicité ainsi que dans le jeu vidéo Halo etc. Dans le premier meeting, quand je suis arrivé, je lui ai présenté un graphic novel [1] tout entier avec à peu près une centaine de pages, en réalité, j’avais dessiné mon film en prenant évidemment des éléments de Ghost in the Shell et de The innocence etc. Je lui ai en quelque sorte écrit un roman graphique que je lui ai présenté comme ça avec mes idées. Ce n’était pas juste un hasard.

Non, j’imagine.
Question : Est-ce que Ghost in the Shell et Blanche-Neige et le Chasseur étaient le genre de film que vous rêviez de faire quand vous rêviez de faire du cinéma ?

Rupert Sanders : En fait, pas du tout, c’est vrai que moi je m’imaginais en tout cas tourner des films plus modestes, peut-être des films d’auteur, peut-être le premier en fin de compte que j’ai fait c’était sur les routes américaines et c’est Jeremy Thomas, qui a produit Sexy Beast, High Rise, qui avait justement aimé ce projet. Mais c’est vrai que j’aime l’idée de quelque chose de grand, de monde à construire, de choses à dessiner. J’aime être un artisan, utiliser mes mains dans le cambouis, dans la matière et créer et avoir pour moi aussi et mes acteurs une expérience immersive. Donc en fait, ce n’est pas un rêve, mais en quelque sorte, je suis arrivé là parce qu’on me l’a proposé aussi.

Question : Est-ce que vous vous souvenez le temps où vous avez compris, réalisé que faire des films ça allait être votre vie, votre métier ?

Rupert Sanders : Alors en fait non, moi j’ai étudié à Londres et c’est vrai que je ne pensais pas du tout au cinéma à ce moment. Mais j’ai rencontré aux États-Unis , un réalisateur Tony Kaye, qui a réalisé American History X, qui était un dingue mais un dingue extrêmement créatif. Un jour, sur un tournage je lui ai dis : «  Mais tu sais, si tu poussais un peu la caméra et que tu la déplaçais. » Il m’a regardé un peu, mais c’est à partir de là qu’une relation étrange mais très intéressante. C’est à ce moment-là que l’idée a vraiment germé et porté ses fruits.

Question : Du coup, comme c’est presque venu peut-être pas par vous mais quelqu’un d’autre, est-ce qu’il y a des metteurs en scène, des films en particulier qui ont nourri votre désir de devenir metteur en scène après que l’on vous l’ait suggéré ?

Rupert Sanders : J’ai grandi en regardant des films qui venaient d’horizons très différents. J’adorais par exemple : Lynch et Elephant Man et bien sûr les films de Kubrick. En fait, j’ai toujours été attiré vers des films extrêmement visuels. Et c’est ce qui me touche beaucoup, au cinéma en général, la beauté du 7ème art, c’est que justement il y a une telle richesse parmi tous les films que l’on peut voir qu’il y a toujours quelque chose de fascinant. J’ai eu beaucoup de chance sur ce film de tourner avec des acteurs ou des actrices que j’admirais depuis longtemps dont Juliette Binoche bien sûr, Takeshi Kitano où je l’ai adoré Hana-Bi. Donc c’est vrai que se sont des influences possibles.

Question : Ghost in the Shell est un projet très ambitieux et très spectaculaire qui nécessite l’intervention de beaucoup de personnes, des directeurs artistiques, des designers… Un directeur de la photo forcément, mais beaucoup d’intervenants. En plus c’est vraiment une grosse machine, comment on se sent quand on est metteur en scène pour être sûr que c’est son film à soi ? Est-ce que ressentez-vous pour Ghost in the shell ?

Rupert Sanders : C’est une question difficile. Mais j’ai travaillé par exemple sur ce film avec Jess Hall [2], avec j’étais à la fac, mon monteur c’est la même chose, ça faisait 20 ans que je travaillais avec lui. Donc, c’est vrai que c’est un grand film comme vous dîtes, un film ambitieux, mais bizarrement une grande partie du travail, eh bien on va dire se déroulait en quelque sorte autour de la table de cuisine. On travaillait beaucoup dans une usine de peinture désaffectée. Donc il n’y avait rien de glamour là-dedans. C’était vraiment, on était dans la rotoscopie [3], dans le détail et en fait on avait un sentiment presque d’être sur un film indépendant en fait. D’ailleurs, on voyait tous les gens de Wellington [4] dans la rue, on les croisait, toujours à se demander là où on en était dans le film etc. donc je crois qu’il s’agit moins d’un film ambitieux où il fallait créer une famille d’artistes où justement on avait entre nous une sorte de langage presque raccourci. On se comprenait immédiatement et surtout il fallait instaurer une confiance. Comme le disait si bien un de mes amis français d’ailleurs, avec qui j’ai travaillé longtemps qui est un grand spécialiste de effets spéciaux, un réalisateur c’est un peu quelqu’un qui est devant une sphère dont il ne voit finalement qu’une partie. Et donc il lui faut des gens autour de lui qui lui indiquent comment visionner et voir le monde entier et non pas juste, la partie de la sphère qui contemple et qu’il peut voir.

Question : Blanche-Neige et le Chasseur et Ghost in the Shell sont d’une certaine manière, deux films de commande. Comment vous vous les appropriez ? De quelle manière vous les faites comme si c’était des oeuvres personnelles ?

Rupert Sanders : Ce qui est important c’est que ma vision en tout cas était dans chaque facette et aspect du film. Créativement, je crois qu’on prend toujours des décisions qui sont instinctives mais pas en train de dire : c’est ma vision etc. Ce qui m’importait dans Ghost in the Shell en fait, c’est qu’il y ait ce sentiment d’être dans l’authentique, d’être dans le réel. C’est vrai que nous avons construit 90% en quelque sorte des scènes etc. donc oui, bien sûr, il y a le travail extraordinaire de Véta, Les animatrix, les effets spéciaux, les constructions en miniatures, par exemple la scène d’ouverture où il y a cette sorte de liquide blanc dans lequel elle émerge. Mais je crois que ce qui était très important c’est de ne pas avoir d’effet visuel qui soit là simplement pour être là. C’est une touche en plus, mais ce qui était important c’est que l’on sente que c’était avant tout une histoire de personnages qui sont là, qui sont dans le réel, ce qui nous permet justement cette immersion totale dans l’histoire.

Question : Justement, vous parlez du liquide blanc, ce qui est amusant sans forcer le rapprochement de manière trop artificielle, alors que ce sont deux histoires très différentes, des scénaristes différents, on ne peut pas s’empêcher de trouver quelques échos entre Blanche-Neige et le Chasseur et Ghost in the Shell ne serait-ce que ce bain blanc qu’elle prend et qui évoque celui de Charlize Theron dans Blanche-Neige et le Chasseur. Là elle descend au lieu de monter et même dans les rapports entre les personnages, je trouve que les rapports Blanche-neige et Eric, et là le Major et Batou, c’est un peu de la même nature : entre amour, amitié, complicité, voilà. Et même les rapports entre fascination et presque incestueux la reine mère et Blanche-neige et là entre le Major et Kuze, je trouve que c’est un peu la même nature. Est-ce que c’est un pur hasard ou est-ce que inconsciemment, c’est peut-être ça qui vous a porté vers ces deux films, enfin de faire le film ?

Interprète : C’est sûr il aime noyer ses personnages dans un bain blanc.

Rupert Sanders : Question intéressante, car je n’avais jamais pensé à ça en ces termes. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on a même dit qu’il y avait une similarité en quelque sorte entre Juliette Binoche et le rôle de Major parce que finalement elles sont toutes les deux des femmes fortes qui portent le film. Et je suis très fier d’avoir fait un film extrêmement masculin, un film d’action et qui pourtant est porté par deux femmes fortes et intelligentes. D’ailleurs Scarlett, à ce propos, a une puissance de jeu absolument extraordinaire et je trouve que c’est génial de finalement faire des films où les femmes portent les rôles principaux. Parce que vous avez à la fois, l’action et la violence mais en même temps l’émotion et l’empathie que vous avez plus que s’il ne s’agissait que d’hommes et de héros qui portent le film. Donc oui, je suis définitivement attiré par les héroïnes fortes et par les noyades dans des bains laiteux.

Question : De tous les thèmes qu’aborde Ghost in the Shell que ce soit la frontière entre la technologie et la différence entre l’esprit et le corps, la quête d’identité, le passé, les souvenirs comme important pour le destin du personnage, quel est celui qui vous est le plus personnel et qui vous touche le plus ?

Rupert Sanders : C’est très intéressant la façon dont nous avons évolué. L’homme, l’humanité auparavant évoluait en dépendant de la façon dont il vivait, même du lieu où il vivait. Aujourd’hui c’est très différent. Nous évoluons par nous-mêmes en quelque sorte et par la technologie qui se développe. Mais ce qui est intéressant et inquiétant, c’est que cette technologie qui se développe, elle se développe finalement sans une réelle vision à long terme et sans contrôle. Il n’y a pas de règle par exemple qui aujourd’hui puisse un peu définir comment développer l’intelligence artificielle etc.

Par exemple, il y a des voitures aujourd’hui qui s’auto-conduisent sans conducteur et c’est vrai que leur logiciel interne, c’est absolument incroyable, car par exemple, si vous allez causer un accident et que vous êtes seul au volant et qu’en face de vous arrive une voiture où il y a cinq passagers, eh bien le logiciel a décidé que c’est vous qui allez mourir plutôt que de sacrifier cinq autres personnes. Ou bien par exemple : s’il y a un accident et qu’il y a une personne plus âgée, une personne plus jeune qui sont impliquées, c’est la personne plus âgée qui va être sacrifiée. Ou imaginez certains conduiraient des Porsche et d’autres par exemple des Wolksvagen coccinelle, et bien ce sera la Porsche ou la BMW qui elle survivra parce que c’est un propriétaire plus riche.

Donc tout ça est tout de même très troublant. Je crois que les technologies sont porteuses d’espoir et il y a quelque chose d’excitant à avoir ça. Mais en même temps, on a un véritable besoin de les contrôler, de les comprendre et de les entourer. Comme disait Stephen Hawking, « L’intelligence artificielle est probablement la plus extraordinaire, mais aussi la dernière des réussites humaines. »

Question : Vous parliez de Scarlett Johansson tout à l’heure, qu’est-ce qui pour vous fait qu’elle est l’interprète idéale du Major ?

Rupert Sanders : Je crois que c’est vrai qu’elle représente, en tout cas pour moi, elle est très représentative un peu de cette génération des cyberpunks, vraiment. Et d’ailleurs les films qu’elle a fait, Under the skin, Lucy etc. Ils sont complètement emblématiques de cette nouvelle génération et on sent en elle qu’il y a quelque chose, une forme de puissance, c’est une actrice très puissante dans l’action mais également dans l’émotion. Et c’est un rôle extraordinaire celui de Major. Parce que finalement, elle ne pouvait pas utiliser son corps comme souvent de façon traditionnel que font les actrices ou acteurs. Ils peuvent fumer une cigarette, ils peuvent, manger, croquer dans une pomme peu importe. Alors que elle, elle devait rester dans l’intériorité, dans un jeu complètement subtil. Donc c’est très difficile pour une actrice parce qu’elle devait montrer le conflit qui l’habitait, son conflit intérieur uniquement à travers uniquement son regard. Il n’y avait pas la physicalité qui pouvait l’aider et en cela je trouve qu’elle a fait un travail absolument remarquable.

Question : Juliette Binoche, ce matin, disait qu’elle vous avait d’abord dit non, pour lui avoir proposé le film et que vous êtes revenu trois fois pour la convaincre. Pourquoi vous teniez tant à elle ?

Rupert Sanders : Alors c’est vrai qu’elle m’a beaucoup dit non, mais à la fin je l’ai eue et c’est ce qu’il compte. C’est très difficile une fois qu’on a un personnage, ou un acteur en tête pour un personnage, c’est difficile d’y renoncer, et je savais au fond de moi que j’allais la convaincre, la façon dont il fallait faire. Je trouve qu’elle a quelque chose, elle y met beaucoup de coeur et d’émotion, au départ ce personnage c’est un homme. Je voulais que se soit une femme et Juliette en particulier, parce qu’il était tout à fait normal et intéressant que la personne qui lui donne vie, même si c’est une maternité scientifique, que ce soit une femme qui donne vie au personnage.

Et surtout je ne voulais pas aller dans le diktat des acteurs ou actrices qu’il faut absolument engager. Moi je voulais engager des gens que j’aimais, que j’admirais depuis longtemps, et Juliette en fait partie, elle est absolument unique, elle a amené beaucoup de choses à ce personnage. Et en plus comme elle n’est pas une habituée de cet univers de science-fiction, c’était encore plus intéressant pour moi et sûrement pour elle.

Question : Bonjour, premièrement félicitations pour ce très beau et fantastique film. Est-ce que Hollywood s’attend à un succès avec ce genre du film alors qu’il est aussi rafraîchissant [5] ? On dirait un film personnel, qu’en pensez-vous ?

Rupert Sanders : Je vous remercie. Je vous aime beaucoup. Comme vous le disiez, ce n’est pas un film ’normal’, dans les codes d’Hollywood, et d’ailleurs c’est un film qui a été fait avec des gens qui eux-mêmes n’appartiennent pas au monde d’Hollywood et merci Hollywood pour le budget et l’argent.

On a fait un film très personnel c’est vrai. Souvent lorsque je quitte une salle de cinéma, je suis assez déçu parce que je trouve que je me souviens de rien. Alors oui, je me souviens qu’il y a des effets visuels parfois magnifiques mais en gros, il me reste des traces de pop-corn sur mon pantalon, ma veste. Et moi j’ai envie de me dire que lorsque l’on quitte une salle de cinéma aujourd’hui, on peut à la fois, être dans le spectaculaire, dans le spectacle, mais aussi être dans l’émotion. Je ne vois pas pourquoi les deux seraient antinomiques.

J’espère que justement on va aller de plus en plus vers des films qui auront ce mélange d’intime et de spectaculaire, d’action et d’émotion. Je me souviens d’ailleurs que la première fois que j’ai vu le film original de Ghost in the Shell, les visuels et les images m’ont hanté très longtemps. J’ai envie, j’espère que mon film vous offrira, vous a offert ce mélange d’émotion, d’intime et de spectaculaire.

Question : Merci d’avoir respecté la fidélité du film original et j’ai été agréablement surpris de voir qu’il y avait le teckel qui apparaissait dans le film. Je me suis toujours posé la question sur quel était sa signification ? Et du coup si c’en avait une pour vous ou si c’est juste un clin d’œil à l’original.

Rupert Sanders : On avait même pensé à un moment faire venir à Hong Kong les vrais chiens d’Oshii [6] et lui était comme un fou, il adorait l’idée. Malheureusement on n’a pas pu, car il n’y a pas de passeport pour les faire venir à Hong Kong. Et donc la bureaucratie s’est interposée entre mon désir d’avoir les vrais chiens et le fait qu’on ne pouvait pas les avoir. Les fans du manga vont reconnaître les passages dans ’Innocence’ [7] dans ’escape’ etc. Il y a beaucoup enfin quelques clin d’œil dans mon film qui je pense feront tout simplement sourire et plairont aux fans du manga bien sûr.

Question : Bonjour, je vous remercie pour ce film. On sent que vous aimez l’œuvre originale. Vos deux films passent haut la main le test de Bechdel [8] Est-ce que c’est un hasard ou est-ce que c’est un objectif pour vous de faire des films où les femmes sont très importantes dans l’histoire ?

Rupert Sanders : Les sujets de ces deux films s’y prêtent car Blanche-Neige et le Chasseur et Ghost in the Shell ont deux protagonistes femmes et puis ici, c’est évident. Donc ce n’est pas forcément une volonté affichée, même si j’ai dit tout à l’heure que j’aimais avoir des femmes fortes comme héroïnes. Mais ce sont les sujets mêmes des films, si je puis dire, qui a fait cela.

Question : J’aimerais savoir quelle a été la chose la plus intelligente dans ce film ?

Rupert Sanders : Très content de savoir que vous avez trouvé des choses intelligentes dans ce film.
Merci tout d’abord.
J’ai littéralement mis la touche finale au film vendredi dernier. Je n’ai pas passé beaucoup de temps à me dire : « Ohlala c’est super, t’as fait un film intelligent. » Mais je crois que là où j’ai eu une certaine forme d’intelligence, c’est en travaillant et en convoquant sur ce film des gens extrêmement intelligents qui m’ont évidemment aidé à mettre en œuvre et en image un projet aussi complexe.

Question : Il y a très longtemps le quotidien français Libération posait la même question à tous les cinéastes du monde : Pourquoi filmez-vous ? Si je vous la posais aujourd’hui, qu’est-ce que vous répondriez ?

Rupert Sanders : Je suis un plombier assez nul.

La beauté de ce métier de réalisateur c’est qu’en tout cas pour moi, ça réuni toutes les choses qui me passionnent : la musique, la sculpture, les acteurs bien sûr, les poètes… Je crois que finalement, j’ai eu un peu peur d’aller vers un seul chemin bien tracé qui serait une seule forme artistique. Alors j’ai choisi l’expression artistique du 7ème Art qui les réunit toutes à mes yeux.

J’ai eu la chance, grâce à ce métier de voyager de par le monde, de rencontrer des acteurs mais aussi des artisans extrêmement talentueux. J’ai été en haut de glaciers, j’ai été dans des égouts, je suis monté dans un hélicoptère. En gros j’ai eu beaucoup de chance. Je crois qu’essentiellement ce qui me plaît dans ce métier, ce qu’il se définit pour moi, c’est que c’est une œuvre de collaboration.

Je me sens toujours comme une troupe de cirque où on voyage, on a des valises partout, on va de projets en projets et je me souviens d’ailleurs de mon premier instant de réalisateur qui a eu enfin sa première maison à 41 ans parce qu’en fait, il voyageait de projets en projets, de films en films. Donc je suis extrêmement chanceux et je me sens extrêmement reconnaissant à la vie car grâce à ce métier, j’ai une vie formidable.

Merci beaucoup !

[1] un roman graphique

[2] le directeur de la photographie

[3] technique cinématographique qui consiste à relever image par image les contours d’une figure filmée en prise de vue réelle pour en transcrire la forme et les actions dans un film d’animation. (source : wikipédia)

[4] capitale de la Nouvelle-Zélande

[5] ce n’est pas commun pour un film hollywoodien, que ça change du film hollywoodien normal

[6] Réalisateur des films d’animations de Ghost in the Shell

[7] Nom du deuxième film animé

[8] Test qui permet d’identifier le sexisme lié aux femmes. Pour qu’il soit validé, il faut qu’il y ait au moins une femme qui parle à une autre femme sans qu’aucun homme n’en soit notifié ou en soit l’auteur et que ce soit un passage important. Pas une femme qui parle à sa boulangère en gros. Ce test est surtout utilisé dans la littérature.


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