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Rébellion des Touaregs au Niger
Onirik -> Mythes & réalités -> Actualités -> Dernière mise à jour : le vendredi 28 septembre 2007.

Les Touaregs du Niger ont connu une première rébellion dans les années 1990 qui avait abouti à des accords de paix signés en 1995 entre le gouvernement et les rebelles. Le gouvernement nigérien refuse l’application de certains accords, ce qui a entraîné une 2e rébellion de la part des Touaregs qui demandent la révision et l’application des accords de paix que le Haut commissariat à la restauration de la paix, composé d’anciens rebelles, n’arrive pas à faire respecter.

Autres revendications : davantage d’autonomie pour leur peuple ; participation aux bénéfices provenant de l’exploitation du sous-sol du nord du Niger ; équipement de la ville d’Agadez de l’électricité produite par la centrale de Tchighozerine ; mise au clair de l’assassinat du précédent Président nigérien, le Général Bare.



Les événements

Début de la rébellion : la nuit du 7 au 8 février 2007, six militaires nigériens sont pris en otage par des Touaregs, membres du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice). En avril, le même groupe a attaqué un projet d’uranium mis en oeuvre au Niger par le groupe français Areva (voir note 1).

En juin le MNJ s’en est pris à un camp militaire de l’armée gouvernementale dans la région d’Agadez (capitale des Touaregs du Niger) bilan : 13 soldats ont été tués et 30 autres blessés. Les rebelles ont également enlevé 40 soldats. Ils ont fait appel au CICR (Comité International de la Croix Rouge) pour qu’il prenne les blessés en charge. Cette attaque était une riposte à l’assassinat sauvage de vieillards chameliers, perpétré par le capitaine de ce camp militaire ; ce capitaine et ses troupes ont ensuite mangé les chameaux des victimes.

Début juillet un représentant d’une société chinoise mise en place au Niger par le groupe China Nuclear Engineering et Construction (CNEC) - qui avait signé un accord d’exploitation d’uranium avec le Niger il y a un an - a été enlevé par le MNJ dans la région d’Agadez, les rebelles estimant que la société devrait employer des personnes de cette région et non de Niamey. Les Touaregs, qui l’ont bien traité, l’ont ensuite remis aux mains du CICR. Les Touaregs des pays frontaliers apportent leur aide à la rébellion : ceux du Mali une aide militaire, ceux d’Algérie une aide alimentaire.

Réponse du gouvernement nigérien à la rébellion

L’état de mise en garde instaurée par le gouvernement fin août est devenu loi martiale début septembre dans tout le département d’Agadez. L’armée a ainsi des pouvoirs étendus : perquisition sans justification, arrestation de cadres touaregs (les plus cultivés). La population est privée de nourriture ; les jardins situés à l’extérieur d’Agadez sont interdits d’accès. En dehors des véhicules gouvernementaux, toute sortie d’Agadez est impossible. C’est ainsi que le gouvernement compte étouffer la rébellion, et par la même occasion les Touaregs que le Président nigérien déteste et ne s’en cache pas.

Le gouvernement n’envisage pas de traiter avec les rebelles qu’il considère comme des bandits et trafiquants de drogue. Les montagnes de l’Aïr ont été minées par l’armée, empêchant ainsi les touristes de venir, et ce pour longtemps. Les agences de tourisme d’Agadez sont fermées actuellement, coupant ainsi la région de sa plus grande (sinon seule) source de revenus. Les mines posées dans l’Aïr tuent des nomades, leurs enfants et leurs troupeaux. Les soldats qui connaissent mal la région, et oublient où ils ont posé ces mines, en sont aussi victimes… Le bruit court que des hélicoptères militaires neufs ont été fournis à Niamey, sans qu’on sache par qui.

L’armée est incapable de faire face aux Touaregs, seigneurs et grands connaisseurs du désert, et donc incapable de mettre fin à la rébellion. D’un autre côté, les rebelles ne sont pas assez nombreux pour faire tomber le gouvernement. Les intérêts économiques rendent inextricable cette situation qui peut ainsi durer très longtemps. Le gouvernement nigérien a demandé à la Lybie de négocier avec les Touaregs, bien qu’il soupçonne Khadafi de soutenir la rébellion par intérêt économique et politique. Les Touaregs ne déposeront les armes que si leurs revendications aboutissent. La situation est particulièrement grave.

Depuis environ trois semaines l’ADH (Association pour la Défense des Droits de l’Homme) réagit aux événements en dénonçant la censure de la presse, et les droits bafoués des touaregs. RFI a été suspendue, son correspondant à Niamey vient d’être poursuivi pour « atteintes à la sûreté de l’Etat », soupçonné de soutenir le MNJ. Ce même journaliste avait été menacé de mort en juillet par le chef d’état-major de l’armée nigérienne. Les médias français sont plutôt discrets sur ces événements ; seulement quelques articles ont été publiés dans la presse française et un court reportage sur une chaîne publique. Le gouvernement français est encore plus discret, mais étant donné les intérêts de la France au Niger, il doit se trouver fort embarrassé.

Il est à espérer que le monde réagira avant que le Niger ne se retrouve dans la même situation que dans les années 1990, où le gouvernement nigérien a fait massacrer impunément des milliers de Touaregs civils. Ce peuple ne demande qu’à sortir de sa misère et voir la justice s’appliquer, sera-t-il entendu ?

Pour plus d’informations, voir les sites www.temoust.org ; www.Agadez-Niger.com, www.agoravox.fr et plus généralement, vous pourrez trouver des forums et divers articles en utilisant les mots "rébellion" "touaregs"et "niger" dans votre moteur de recherche.

Note 1 : Le Niger est le 3e producteur mondial d’uranium, avec une production représentant 9% de la production mondiale. Des sociétés européennes, canadiennes et asiatiques se sont installées dans ce pays pour exploiter l’uranium, dont le groupe français Areva, qui est resté pendant 40 ans, depuis la décolonisation, le seul groupe au Niger à exploiter ce minerai. Le Niger lui a reproché de profiter de cette situation. Le prix de l’uranium n’avait pas été révisé pendant toute cette période. Il était jusqu’ici coté à 40 euros le kilo alors que le cours mondial est actuellement d’environ 100 euros. Le gouvernement nigérien actuel a obtenu en août dernier un prix de 61 euros le kilo, révisable régulièrement. Il est à noter que 30% des centrales nucléaires françaises sont alimentées en uranium par le Niger. Le gouvernement du Niger soupçonne Areva de soutenir la rébellion touareg, d’où cette négociation du prix à la hausse. Plus de mille personnes ont manifesté à Niamey début septembre pour exiger le départ du groupe nucléaire français du Niger. Ce rassemblement a été lancé par le Mouvement citoyen pour la république, qui accuse le groupe Areva de financer la rébellion, par le biais de virements bancaires effectués en faveur des soldats touaregs pour les pousser à déserter. En juillet, les autorités nigériennes ont demandé au directeur local du groupe Areva, Dominique Pin, de quitter le sol nigérien.

L'auteur Marielle
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