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Rencontre avec Armando Iannucci pour ’La mort de Staline’
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le lundi 2 avril 2018.

Session de questions-réponses avec le réalisateur Armando Iannucci après la projection du film La mort de Staline.



Le jeudi 22 mars 2018

retranscription de Hirone

Il est conseillé d’avoir vu le film pour lire cette session de questions-réponses, car certaines réponses ou questions font référence à des événements précis. Bref il y a du spoiler.

Question : Comment un roman graphique français sur des événements russes a-t-il fini par être adapté par un Anglais ?

Armando Iannucci (réalisateur) : je vais commencer par m’excuser pour le Brexit. Cela faisait longtemps que j’avais comme projet de faire un travail de fiction sur un dictateur. Mais je cherchais encore sur qui ? Quand ? Où et comment ?

D’habitude, j’écris tout, mais là, j’ai reçu le projet et je me suis rendu compte que tout ce que je voulais était là. Dès le début avec le concert, en passant par la flaque d’urine, la recherche des médecins, l’histoire idéale était là pour moi et en plus, je n’avais rien à écrire. C’est comme ça qu’est arrivé, Yann [1] et son associé. Ils sont venus à Londres pour me chercher. J’ai dit que ça m’intéressait et que je voulais bien, mais je devais finir Veep [2], qu’il me fallait un peu de temps. Ils m’ont demandé combien de temps, j’ai dit "18 mois" et ils ont dit "d’accord".

Je voulais aussi remercier Gaumont qui a été là depuis le début et qui a soutenu ce projet. En fait, je voulais vraiment arrêter avec la politique américaine [3], donc j’ai voulu faire un film européen avec un artiste taré qui fait du mal à son peuple.

Question : Vous avez dit que vous n’aviez pas eu besoin de fiction car tout était là, donc comment avez-vous travaillé ? Avez-vous fait des recherches ? Et au vu du nombre d’acteurs incroyables, comment s’est passée la direction d’acteurs ?

Armando Iannucci (réalisateur) : d’abord, la véracité des faits était quelque chose de fondamental et que ce soit dans le livre graphique ou le film, il y a une dimension comique, mais aussi de terreur. Cependant, je ne me suis pas contenté de ça, on a fait beaucoup de recherches.

J’ai également visité le Kremlin et le lieu de vie de Staline, la datcha. J’ai aussi rencontré des personnes qui vivaient à cette époque afin de se rapprocher de l’atmosphère. D’ailleurs, c’était vrai que Beria [4] aimait mettre des tomates dans les poches des autres, que Staline avait comme hobbies de faire regarder des westerns aux personnes tard dans la nuit ou même de remplacer par ses amis leur équipe de hockey que son fils Vassili a perdu.

Concernant la direction des acteurs, c’est ce que je préfère ! J’adore travailler avec des castings chorals comme celui-là. On a passé trois semaines à répéter les scènes, comme par exemple quand le groupe doit soulever le corps et que l’un des membres se retrouve coincé, ou lors des funérailles et qu’ils veulent changer de place. C’était un peu comme une pièce de théâtre qu’il a fallu filmer.

Question : Par rapport à votre mise en scène, on passe rapidement du rire à des scènes qui mettent vraiment mal à l’aise, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Armando Iannucci (réalisateur) : En effet, il y a un double mouvement que je voulais dès le début. Il fallait que ce soit drôle, mais qu’il y ait cette empreinte de peur sourde, que le spectateur ait cette crainte. C’est vraiment au montage que tout s’est joué, il fallait trouver cette anxiété, ce comique et cette horreur, que ces éléments soient corroborés les uns par les autres.

Au montage, il a fallu faire très attention, plusieurs gags ont été retirés, car ça en faisait trop, on en enlevait aussi lorsque ça ne laissait pas le temps de la découverte pour le spectateur. C’est une comédie oui, mais on ne devait pas parodier de trop l’horreur que les Russes ont vécue.

Question : Comment s’est passé le tournage en Russie ? Et quelle a été votre réaction en sachant que le film ne sera pas distribué là-bas ?

Armando Iannucci (réalisateur) : Le plus beau compliment que les Russes peuvent me faire c’est lorsqu’ils me demandent où est-ce que j’ai tourné en Russie, et je leur réponds : à Londres. Je n’ai pourtant pas pris la véracité des lieux à la légère, je suis allé en Russie, je ne voulais pas que ça rende une image trop hollywoodienne ou cynégétique, donc nous avons cherché à Londres les lieux qui pourraient le mieux reproduire le Moscou des années 50.

Une fois terminé, on a tourné à Kiev pour faire les scènes dans la rue, avec les voitures, etc. De ce fait, il n’y a que très peu de plans en Russie, nous avons surtout tourné dans les endroits mythiques que nous ne pouvions reproduire.

Autrement, je suis navré de la décision de l’Etat russe qui a déprogrammé le film, deux jours avant sa sortie en salle. Il n’y a aucun manque de respect pour le peuple russe, mais plutôt vis à vis de sa politique. Cependant, le film a rencontré son public en Ukraine. Et en Géorgie, ils ont offert une projection pour l’anniversaire de la mort de Staline. En Russie, le film a été considéré comme une atteinte et perturbation des élections, et on sait à quel point Poutine n’aime pas cela. Alors on comprend. Mais sachant à quel point les Russes sont bons en informatique, j’espère qu’ils le trouveront en ligne pour le voir.

Question : J’ai l’impression de voir une résonance claire avec ce qui se passe en Russie et en Chine. Vous pourriez alors envisager une suite ? Sinon j’apprécie votre série britannique The Thick of It, envisagez-vous une mise à jour avec des figures plus actuelles ?

Armando Iannucci (réalisateur) : On a tourné ce film l’été 2016, quand Donald Trump n’était pas encore élu président, or à chaque projection aux États-Unis, on y voyait une résonance très forte et on en a déduit qu’il m’avait inspiré.

C’est comme lorsqu’ils font des réunions du Comité à "l’unanimité", on ne peut pas s’empêcher de penser à lui. Je pense aussi qu’il y a quelque chose de très important, les jeunes générations qui n’ont vécu qu’avec la démocratie ne se rendent pas compte de la chance qu’elles ont. Elles ne voient pas comment c’était avant, elles cherchent des alternatives, mais il vaut mieux éviter d’aller jusque-là et améliorer notre système.

Merci beaucoup d’être venus.

Sortie du film au cinéma : 4 avril 2018

[1] Les producteurs français du film sont : Yann Zenou, Laurent Zeitoun et Nicolas Duval Adassovski

[2] série américaine de sept saisons, c’est une satire politique

[3] par rapport à sa série Veep

[4] Lavrenti Beria était le chef du NKVD/Commissariat du peuple aux Affaires intérieures


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