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Interview Luis Royo
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le dimanche 1er août 2010.

A l’occasion de la sortie de Dead Moon Epilogue de Luis Royo aux éditions Milady, nous vous proposons de lire l’interview que l’artiste nous avait accordée au Salon du livre de Paris, cette année. C’est Sylvie Miller la merveilleuse traductrice des deux albums qui nous a gentiment servi d’interprète.



questions de Enora et traductions en langue espagnole de Sylvie Miller

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Enora et Sylvie Miller

Onirik : Dead Moon est votre dernier album paru en France, en attendant la sortie d’Epilogue prévu en mai chez Milady. Vous en avez écrit le texte et fait les illustrations. Pour moi c’est l’une de vos œuvres les plus abouties dans le sens où j’ai l’impression que vous vous êtes servi de votre expérience de la bande dessinée mais en la mariant avec des illustrations qui sont pour la plupart des œuvres d’art. Est-ce un tournant dans votre carrière, une envie de renouer avec le travail de vos débuts ? Comment vous est venue l’idée de ce roman graphique ?

Luis Royo : Il y a un petit peu de cela. J’ai commencé ma carrière comme peintre en faisant ce qu’on pourrait appeler de la peinture sociale. Très vite j’ai découvert la bande dessinée et je me suis dit que c’était un moyen d’expression extraordinaire mais je me suis retrouvé coincé par les contraintes qui en découlaient comme la taille des cases, etc. Du coup, je suis passé à l’illustration et j’ai peu à peu laissé la bande dessinée. Dans l’illustration j’avais le choix de faire de grandes ou de petites toiles et la possibilité d’explorer plus de techniques.

Mais récemment je me suis dit que j’avais fait le tour et je suis retourné vers la démarche de la bande dessinée : quelque chose de scénarisé, non plus avec des petites cases mais des illustrations. Dead Moon, mariage entre un scénario qui se déroule et des illustrations utilisant diverses techniques, est un retour aux sources mais avec l’expérience acquise.

Onirik : A la fois récit épique, drame shakespearien et conte inspiré de la philosophie chinoise, ce roman graphique fait appel aux principes du Ying et du Yang pour la représentation des deux personnages principaux.

Vous associez à la fois l’interprétation orientale de ces forces qui sont

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Luis Royo et Enora

interdépendantes, se complètent mutuellement dans une relation d’engendrement et de mutation de l’une dans l’autre, à la représentation plus occidentale de dualité, de lutte qui va rompre l’harmonie et amener le chaos. On retrouve aussi cette combinaison dans les illustrations.

C’est comme un pont entre l’orient et l’occident mettant en lumière les similitudes comme les différences ?

Luis Royo : Tout à fait. J’ai beaucoup lu de contes orientaux parce que j’aime beaucoup la mystique orientale et j’ai eu envie de la revisiter. Le Ying et le Yang y sont entremêlés comme les deux personnages féminin et masculin, mais comme dans la vision occidentale, ils s’opposent.

J’ai fait tout un travail pour développer cette double vision. Dans le bonus de Dead Moon Epilogue, j’explique qu’il y a un endroit en Chine, un lieu qui avait connu beaucoup d’invasions, où l’on a retrouvé des restes humains qui présentaient un mélange de population. C’est de ce mélange dans l’inconscient collectif qu’est partie l’idée de Dead Moon, un conte universel qui s’inspire de toutes ces traditions et de la rencontre des différentes mystiques.

Dans Dead Moon Epilogue, je remonte d’ailleurs aux racines de l’histoire et de la famille de Lune, en expliquant que sa mère était japonaise et son père issu de l’union d’une femme chinoise et d’un Templier.

Onirik : Pourquoi avoir mis la vengeance du coté féminin de l’histoire. Je sais que Mars est l’épée, le guerrier, mais on aurait pu imaginer la destruction de la famille des Chan par des forces magiques ?

Luis Royo : En réalité, Lune ne cherche pas la vengeance, elle est surtout attirée par Mars. Nous sommes dans un grand tragique classique dans lequel les personnages s’attirent et se repoussent. C’est ça le nœud de l’intrigue, la vengeance n’est ni d’un

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Luis, Enora et Sylvie

coté ni de l’autre.

Onirik : C’est pour cela que les tatouages de Lune disparaissent et s’effacent quand elle est en sa présence…

Luis Royo : C’est intéressant que vous ayez remarqué cela, car effectivement j’ai cherché à raconter une histoire à travers le texte et les illustrations. Tout n’est pas dit dans le texte, l’histoire est aussi racontée par les images.

Onirik : Dead Moon est un album qu’on ne se lasse pas de rouvrir, car à chaque lecture, on découvre dans les illustrations des détails qui avaient échappé à notre attentionet qui apportent quelque chose de plus à l’histoire. La taille des dessins et la diversité des techniques d’illustrations donnent un rythme extraordinaire à cette œuvre. Est-ce que vous pouvez en dire plus sur ce qui vous a fait utilisé plutôt le crayon graphite, la peinture à l’huile ou l’aérographe suivant les scènes ?

Luis Royo : Le choix des différentes techniques participent à l’histoire. Par exemple, quand le frère de Mars est tué, c’est une scène violente, j’ai donc utilisé de l’huile avec des rouges ; quand Lune se souvient de Mars, je la représente avec du crayonné, plus flou, plus doux, pour qu’on comprenne que c’est un souvenir. Ce livre a nécessité tout un travail très particulier, j’ai d’abord fait les illustrations puis le texte et ensuite j’ai éliminé des dessins quand c’était déjà écrit dans le texte et du texte quand c’était déjà évoqué dans les dessins, pour créer un juste équilibre. Dans les bonus de Dead Moon Epilogue, on peut voir tout ce qui a été éliminé pour la version finale des albums.

Onirik : Lune est un personnage féminin différent et original dans votre œuvre. Est-ce qu’elle représente l’évolution de votre recherche sur la beauté idéale et inaccessible de la femme ? Je pense à votre troisième album de Conceptions.

Luis Royo : J’ai passé énormément de temps sur la beauté féminine idéale, c’est d’ailleurs quelque chose que beaucoup d’illustrateurs et de peintres ont cherchée à toutes les époques. L’intérêt de ce travail sur l’idéal féminin est qu’on ne l’atteint jamais, c’est comme une chimère ; on est donc toujours dans l’exploration et on va chercher de plus en plus loin.

Au début je rassemblais des photos en me disant que le sourire de tel mannequin ou les yeux de telle actrice étaient idéaux, mais ça finissait par donner une espèce de femme robot. Alors j’ai recherché plus en profondeur et à l’heure actuelle, je me dis que la beauté n’est pas uniquement belle, elle peut être tragique ou violente ; par exemple la beauté peut sortir de la violence dans un regard féminin. Je vais chercher davantage dans l’émotion que dans le trait pur pour avoir une beauté plus aboutie, plus intérieure. Mais cela peut encore évoluer car je ne suis pas du tout au bout de mes recherches !

Onirik : Je vous remercie beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps pour répondre à ces questions et aussi pour le plaisir que vous nous avez donné avec ce fabuleux roman graphique.


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