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Interview de Jérôme Bucy
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le jeudi 29 juillet 2010.
questions de Damien Dhondt

Onirik : Pouvez-vous nous renseigner sur la genèse de La Colonie des ténèbres ?

Jérôme Bucy : L’histoire se déroule sur deux époques et dans deux lieux différents. Berlin, 1962. Paris, de nos jours.

Pour la partie berlinoise du livre, la genèse est simple. Je suis né en août 61, alors même qu’était mis en place le mur de Berlin. Difficile dans ces conditions de ne pas ressentir de la curiosité, voire une certaine forme de fascination pour cette période de construction personnelle heureuse, contemporaine de celle d’un mur qui brisa tant de vies.

Les destins familiaux basculèrent, chacun suivant sa voie, très différente selon le côté du mur. J’avais le projet depuis longtemps d’inclure cette période dans l’un de mes romans.

Pour la partie parisienne, je voulais aborder les thèmes de l’environnement, de la pollution, et des insecticides via les chauves-souris. Ces animaux font partie des espèces sauvages exposées aux polluants. Je savais - par ailleurs - qu’une grande colonie vivait dans les tunnels de la Petite Ceinture. Cela m’amusait de tenter de rendre plus sympathique ces animaux qui tuent chaque nuit de grandes quantités d’insectes nuisibles, font le Bien à notre insu, mais sont affublés de la marque du Mal. A cause de leur apparence, très certainement, mais sans aucun fondement scientifique.

D’ailleurs, scientifiquement parlant, ces animaux sont extrêmement intéressants. Leur mode de vie en colonie, leur mode de reproduction, et surtout leur mode de déplacement par écholocation (émission-réception d’ultrasons) prouvent leur haut niveau de technicité sous format miniature. Cette fracture entre l’image que ces animaux renvoient sur des bases non rationnelles, et leur réalité technologique, m’intriguait. Et puis les chauves-souris peuvent être mises en scène de façon très visuelle ou cinématographique. J’ai eu envie de les inclure dans l’histoire.

Onirik : Comment définissez-vous la psychologie des personnages ?

Jérôme Bucy : En fait, les héros sûrs d’eux et de leurs choix ne m’intéressent pas, sauf lorsqu’ils trébuchent et commencent à s’interroger, à se regarder dans un miroir. Vouloir évaluer ses failles, amène parfois à découvrir une fracture passée, une fragilité, une difficulté personnelle non résolue… qu’on a envie d’étudier.

Andersen a un esprit cartésien, rationnel. Sa passion pour les chauves-souris repose sur les performances techniques de ces animaux, Mais cette passion repose également sur un profond traumatisme. Le seul lien qui lui reste avec ses parents qui sont morts sous ses yeux quand il était enfant. Le médecin, Sterz, est doté d’un esprit scientifique, mais il est avant tout profondément intéressé par l’humanité de ses patients, en particulier des enfants des victimes qu’il va croiser sur les scènes de meurtres. Ephémère est différente. Imprévisible, mystique, solitaire et fragile. Ces trois personnages ont en commun de profonds traumatismes dans leur parcours personnel qui vont les amener à tisser des liens entre eux et à s’épauler dans leurs quêtes mutuelles.

Onirik : Comment avez vous élaboré le personnage d’Ephémère qui utilise son temps libre pour espionner les confessions ?

Jérôme Bucy : Ephémère est intéressante dans la mesure où son approche, bien que non rationnelle, n’en est pas moins efficace. Elle est imprévisible, suit ses propres règles et sa propre logique, mais aide à sa façon la progression du lecteur… et sa propre quête. Elle a également bien entendu beaucoup à apprendre sur elle-même.

Pour ce qui est de l’élaboration de ce personnage, je crois bien qu’elle m’a révélé son caractère toute seule, au fil des pages, sans que je le réalise vraiment. Chaque fois qu’elle entrait et sortait de l’histoire, c’était de façon inattendue, me surprenant chaque fois. Alors je lui ai laissé les rennes libres. Vas-y, montre-moi de quoi tu es capable ! Elle me l’a montré, et ça m’a plu. Je dois admettre que je me suis beaucoup attaché à elle.

Pour ce qui est de l’espionnage des confessionnaux, étant donné qu’elle passait son temps libre, solitaire, assise sur l’une des tombes du cimetière voisin de l’église, elle a fini par chercher à partager les secrets des habitants de son village… mais à sa façon.

Onirik : Pour certains, les préoccupations écologiques semblent l’emporter sur les considérations humanistes.

Jérôme Bucy : L’écologie est effectivement présente dans le roman comme support de l’intrigue, et donc présente au cœur des préoccupations de certains protagonistes. Je ne voulais pas que ce roman soit militant. Je ne voulais pas non plus qu’il diabolise l’industrie chimique comme étant la seule mauvaise élève en termes d’environnement.

Les réactions extrémistes et militantes de certains Verts, en marge des réalités, refusant systématiquement tout dialogue constructif et toute proposition d’amélioration pragmatique et progressive, peuvent s’avérer néfastes. Voire aller à l’encontre de la protection de l’homme et de l’environnement.

Onirik : Depuis La Chambre d’ambre on sait que vos personnages dissimulent bien des choses. Ici on est surpris quand le héros ne cache rien. Cette fois ce sont les circonstances qui contribuent à la dissimulation d’identité.

Jérôme Bucy : Eh oui ! Les auteurs de polars aiment surprendre les lecteurs, les mener sur de fausses pistes. Bien que le héros ne cache rien, il présente de nombreuses failles qu’il devra affronter lors du déroulement de l’histoire, et dont il ressortira peut-être plus riche et grandi.

Onirik : Quel est l’intérêt de jongler entre deux époques et deux lieux différents ?

Jérôme Bucy : L’approche sur deux époques et deux lieux différents permet d’explorer deux univers distincts au sein d’un même roman, avec le plaisir en prime de jouer avec le lecteur qui tente de trouver les liens qui unissent les deux… sans toujours y parvenir avant la lecture de l’épilogue.

Onirik : Il semble que dans ce roman se présente une prédominance de l’ambiance nocturne.

Jérôme Bucy : C’est vrai. Difficile de faire autrement avec les chauves-souris. La première scène de meurtre à Berlin est nocturne aussi. Question d’ambiance avant tout. Le décor, sombre, noir, est en résonance avec la découverte par Sterz du corps d’une femme, mutilée sous les yeux de son propre fils. Un gamin qu’il va tenter d’amener vers la lumière.

Onirik : Quel est votre prochain ouvrage ?

Jérôme Bucy : Difficile de parler du prochain ouvrage actuellement. Je tâtonne, j’explore différentes pistes, une phase dans le processus de création que j’aime prolonger. Alors je m’y attarde. Pour l’instant, rien n’est certain, tout reste possible. Quant aux personnages, il me reste à les découvrir au fil des pages.

De bons moments en perspective.


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