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Interview de Susan Napier - VF
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le jeudi 20 novembre 2008.

Susan Napier vit en Nouvelle-Zélande. Elle a commencé à écrire en 1983. Elle doit avoir à son actif plus de quarante romans Azur. Elle a accepté très gentiment de répondre aux questions de Marnie.



Si elle écrit en format court, elle prend grand plaisir à parler de son travail, plus difficile qu’on peut le penser. Au passage, elle a raconté dans son message de réponse qu’elle avait passé quelques semaines en France, il y a deux ans, dans le Vaucluse et à Paris, plus précisement, si bien qu’elle a situé chez nous l’action de son dernier roman Public Scandal, Private Mistress l’histoire de Veronica, une Néo-zélandaise qui a une relation passionnée avec un étranger à Paris, et voyage dans le sud de la France pour découvrir qu’il est le beau-fils de l’employeur de sa soeur. Beaucoup de complications et de malentendus s’ensuivent, mais cela se termine bien, évidemment...

Susan Napier précise qu’elle s’est beaucoup amusée à écrire cette histoire, se référant à ses propres souvenirs et anecdotes. Ainsi, le fait que l’héroïne parlent très mal français fait partie de l’intrigue, l’auteur ayant écrit la perception du pays et de ses habitants du point de vue d’une visiteur néo-zélandais, accompagnée de toutes les erreurs qui peuvent être perçues par les lecteurs...

Enfin, elle m’a promis qu’elle écrira l’histoire des deux derniers Marlow, Steve et Charlie, qui avaient déjà beaucoup de problèmes dans le très réussi Beauté du diamant brut en 1985...

questions et traduction de Marnie

Onirik : Comment avez-vous réussi à faire publier votre premier roman. Pourquoi avez-vous choisi d’écrire des histoires d’amour ?

Susan Napier : J’ai commencé à écrire mon premier roman Sweet Vixen quand mon second fils est né. A ce moment là, je travaillais en scénariste free-lance et n’avais pas planifié de prendre un boulot à temps-complet avant que mes enfants soient en âge d’aller à l’école. J’ai pensé que ce serait alors l’occasion idéale de tenter, moi-même, d’écrire un roman.

J’ai choisi une romance Harlequin parce que j’aime lire des histoires d’amour, et je savais que Harlequin publiait dans la plupart des pays. Alors l’idée était que si je réussissais à être publiée, je vendrais mes livres dans le monde entier. Cela m’a pris dix-huit mois pour écrire le manuscrit, mais quand je l’ai envoyé chez Harlequin, ils m’ont répondu qu’ils appréciaient mon écriture mais que l’intrigue avait besoin d’être complètement restructurée. Cela m’a pris encore une année pour le réécrire, jusqu’à ce qu’ils acceptent de le publier. Sweet Vixen est paru en 1983 et j’avais déjà terminé le deuxième roman et commençais à travailler sur le troisième.

Je lis beaucoup et de tous les genres, cependant ce sont les romances que j’aime plus particulièrement lire, que ce soit contemporaines, historiques ou fantasy. Les romances Harlequin étaient adaptées en feuilletons dans les magasines auxquels ma maman était abonnée quand j’étais adolescente, et ce fut le commencement de ma passion pour des histoires optimistes sur l’amour avec toujours une fin heureuse.

Onirik : vous savez formidablement exploiter le petit format Harlequin. Les introductions et conclusion sont très travaillées. Je prends comme exemple l’un de mes romans préférés Reckless conduct (en français : Séductrice d’un soir). L’introduction est un modèle du genre. Tout est dit, bien que nous ne le comprendrons qu’en... le relisant après avoir fini le bouquin. La conclusion est l’exacte réplique « malicieuse » de l’introduction. Vous maîtriser parfaitement l’exercice. Voici le premier paragraphe de Fortune’s mistress (en français : Le secret de la femme gantée) :

- Je crois que je suis amoureux. Absorbée dans la lecture de son journal, Maggie Cole ne leva même pas l’oeil à cette déclaration de son époux.
- J’en suis ravie pour toi, murmura-t-elle distraitement.

Est-ce que pour vous ce format est un défi continuel ? Ne souhaiteriez vous pas prendre le temps de développer des intrigues plus complexes ?

Susan Napier : Ecrire des “petits formats” contemporains me ravit tout à fait. Une part du défi pour moi est de prendre une idée complexe ou peu commune et l’adapter au format romantique standard, quelque fois en transgressant les règles du genre pour créer alors un effet inattendu pour les lecteurs, mais toujours en respectant la promesse d’un amour inaltérable ou bien une fin heureuse et satisfaisante pour le héros et l’héroïne.

Dans le secret de la femme gantée toute l’intrigue du livre vient de ces quelques lignes issues de mon imagination... un mari dit à son épouse, à la table du petit-déjeuner, qu’il est amoureux d’une autre femme. Au lieu d’être choquée ou blessée par la déclaration de son mari (ce à quoi le lecteur s’attend) Maggie est ravie, et tout va se jouer sur le fait qu’elle l’aide activement à gagner l’amour de sa vie, en trouvant elle-même le sien dans la même foulée.

J’adore apporter au lecteur quelque chose de nouveau et de différent en jouant avec les normes admises.

Onirik : Vos héroïnes ont un point commun, le refus des conventions. Harriet dans Séductrice d’un soir ne se transforme pas en Grace Kelly mais plutôt en Marilyn Monroe... et gardera ce physique au final. Dans La beauté du diamant brut Julia, au physique d’adolescente garçon manqué considère que faire le ménage chez les gens est une activité épanouissante. Dans Une tornade rousse nommée Kat l’héroïne est une actrice que l’on prend pour une strip-teaseuse et qui assume parfaitement ce malentendu. Vous appréciez ces héroïnes non conformistes ?

Susan Napier : J’aime les héroïnes non conventionnelles, bien qu’elles ne peuvent se comparer à l’image que ceux qui ne lisent pas de romances se font d’une héroïne romantique, en fait, il existe autant de différents types de caractères féminins dans la romance qu’il y a de sous-genres et les lecteurs les apprécient. Les héroïnes dans mes livres peuvent être différentes dans les détails, mais elles sont en gros assez semblables aux autres héroïnes romantiques – elles sont généralement fortes (ou trouvent leur force au cours du récit), indépendantes (ou découvrent leur propre capacité à le devenir), et prêtes à lutter contre l’adversité et combattre pour leur amour (ou à découvrir leur propre valeur et la capacité d’aimer et d’être aimée). J’apprécie aussi de faire passer le message qu’une femme ne doit pas être le stéréotype que l’homme se fait de la féminité pour devenir digne de mes héros. Ces derniers reconnaissent et apprécient mes héroïnes pour leurs propres qualités spécifiques.

Onirik : Votre héros est souvent fort, maussade, superbe et riche... si imposant. Mais, il devient moins impressionnant quand nous rencontrons son insolente mère ou sœur, qui devient alors complice avec l’héroïne. Le héros pouvait lutter contre une mais jamais deux personnes, spécialement quand il les aime. Avez-vous trouvé le moyen de les rendre ainsi plus humains ?

Susan Napier : Puisque les héroïnes de mes romans sont habituellement fortes, je dois avoir un très fort mâle alpha pour contrebalancer ce trait de caractère. Ils ne rencontreront pas leur égale, mais à la fin du bouquin, ils doivent avoir commencé à comprendre qu’ils sont égaux dans leurs relations. Le choix des mâles dominants est mon favori parce qu’ils représentent un vrai défi pour l’héroïne. J’aime que mon héros apparaisse pour la première fois comme inaccessible, pour rendre le défi plus attractif, mais à mesure que le récit progresse et que l’héroïne en découvre plus à son propos (sa famille, son passé, les combats qui l’ont amené à réussir sa vie) elle commence à comprendre les motivations de sa conduite, et elle est capable d’apprécier la profondeur de son caractère et trouve alors le moyen d’établir une connexion émotionnelle forte avec lui.

Onirik : Dans les romans on oppose souvent les caractères des héros.. mais vous opposez surtout les classes sociales avec un ton un peu parodique comme le faisait Vincente Minelli dans La femme modèle (Designing woman) avec Gregory Peck et Lauren Bacall. Est-ce que c’est un sujet important pour vous ?

Susan Napier : J’essaye de m’assurer que les conflits émotionnels entre mes personnages sont très fortement ancrés dans une réalité crédible, de façon à ce que les lecteurs sachent que les obstacles au bonheur ne vont pas être facilement surmontés. Cela créé la tension et l’émotion dans la romance. Des différences entre classes sociales et éducation peuvent créer un bon, fort conflit initial entre les deux héros qui sont par ailleurs attirés l’un par l’autre, et alors, ces problèmes peuvent être résolus quand le héros et l’héroïne commencent vraiment à communiquer, et réaliser qu’ils auraient besoin de faire des compromis en ce qui concerne leurs désirs personnels, placer leur relation amoureuse au-dessus de tout.

Onirik : Depuis votre premier livre, l’humour a été omniprésent et apparaît comme une réponse à chaque question existentielle. Surgit alors soudain une scène pleine de tension dramatique où l’on voit que le personnage était au bord de la rupture, ainsi la scène finale entre Hugh et Julia dans La beauté du diamant brut où elle le pousse volontairement à bout est impressionnante. En fait nous avons l’impression que l’humour n’est pas là seulement pour amuser et divertir le lecteur, que vous avez peut-être voulu accentuer le contraste entre rires et larmes. Quelle est votre opinion ?

Susan Napier : La combinaison entre rires et larmes fait partie du charme universel de la romance.

Un des aspects qui m’a en premier attiré chez mon mari est que nous partageons le même sens de l’humour. Je pense que cette qualité est une des clés d’une bonne relation, et contribue à un amour durable. Si vous deux n’êtes pas complices pour les choses amusantes, comment pouvez-vous vraiment partager les plaisirs de la vie avec celui que vous avez choisi ?

Etre capable de rire de vous-mêmes constitue également une importante indication du caractère. Les gens qui ont confiance en eux-mêmes ont plus tendance à tolérer les moqueries. Cette sorte d’humour est très importante dans mes livres comme un moyen de montrer comment les personnages réagissent en connexion avec les autres. Les conversations spirituelles et le badinage “sexy” ont aussi une large part dans l’attrait que je crée entre le héros et l’héroïne, et souvent les situations comiques peuvent accentuer la tension ou créer une soupape bienvenue à l’intensité émotionnelle des passages plus noirs du roman.

Cela requiert de l’habileté pour équilibrer ces deux choses, tant l’angoisse émotionnelle dont souffrent invariablement les personnages ne doit jamais passer par-dessus l’aspect optimiste, ou que l’humour ne doit jamais dominer l’histoire jusqu’à faire penser que le livre est plus amusant que touchant. Sans moments lumineux pour contraster avec de sombres passions, les romans ne seraient pas si plaisants à lire. En tant qu’écrivain de romances, je suis toujours consciente que mon premier travail est de divertir – les femmes lisent ces livres pour s’amuser !

Onirik : quand vous écrivez des intrigues, avez-vous des limites, des critères ou encore des tabous fixés par votre éditeur ? Je sais que selon les pays, les critères peuvent être différents, les goûts n’étant pas les mêmes...

Susan Napier : Harlequin donne de très larges directives pour toutes les sortes d’histoires que vous écrivez (le genre de romances contemporaines Harlequin que j’écris n’inclue pas le thème paranormal) – mais il y a beaucoup de sous-catégories dans la romance dans lesquelles, en vérité, vous êtes seulement limité par votre propre imagination. Plus vous écrivez de livres, plus vous gagnez en habileté pour pousser le bouchon plus loin. Les seules règles non négociables sont de respecter la longueur en nombre de mots qui convient à votre format (si j’envoie un manuscrit de 100.000 mots, cela ne pourrait être accepté par la catégorie “courtes romances” d’Harlequin), utiliser des intrigues qui conviennent à la ligne générale ainsi que le langage approprié pour le genre (rien d’exagérément offensant) et de s’assurer que le héros et l’héroïne sont au centre de l’intrigue et que la fin de votre histoire sera heureuse pour chacun des deux. Le happy-end n’est pas négociable dans une romance. En un sens, les romances sont des récits moraux, où habituellement la bonne conduite est récompensée et les méchants (et les méchantes) reçoivent ce qu’ils méritent.

Onirik : Quels sont vos écrivains favoris ? Est-ce qu’ils vous inspirent pour votre propres romans ?

Susan Napier : Je pense que vous voulez parler de auteurs de romances. Les premières romances que je me souviens avoir lu étaient des Régence de Georgette Heyer et je suis encore inspirée par ses livres. Ses dialogues sont superbes et ses intrigues et ses personnages comportent toujours de multiples ramifications. Penny Jordan et Charlotte Lamb étaient des écrivains de romances Harlequin que j’aspirais à égaler quand j’ai commencé. J’aime les romances Harlequin de Sophie Weston parce que ses héroïnes sont toujours si intelligentes avec un grand sens pratique et j’apprécie Lynne Graham parce que ses héros sont furieusement fabuleux alors que ses héroïnes sont souvent ordinairement charmantes (elle pourrait être vous ou moi !). J’apprécie les contemporains de Linda Howard et de Nora Roberts depuis des années. J’aime les historiques d’Anne Gracie, Mary Balogh et Jo Beverley, et les séries paranormales de J.R. Ward et Nalini Singh’s. Je lis actuellement beaucoup, que ce soit de la fiction ou non et j’ai trop d’auteurs favoris pour tous les nommer !

Onirik : Harlequin fête ses trente ans cette année en France. Lorsque j’ai lu ces premiers romans, les seuls auteurs néo-zélandais étaient Essie Summers, Robyn Donald ou Daphné Clair... J’ai découvert en 1986 La beauté du diamant brut que j’ai vraiment adoré et j’ai guetté toutes vos parutions. Vos romans actuels ont gardé le dynamisme et l’enthousiasme des premiers. Vous avez seulement rajouté une touche de sensualité et de modernité. De nos jours, de nouveaux talents ont fait une apparition remarquée : Nalini Singh, Jan Colley (avec qui je partage la passion du rugby), Elizabeth Hoyt et d’autres... que se passe-t-il actuellement en Nouvelle-Zélande pour que les auteurs soient si doués et si prolifiques ? Pensez-vous (comme nous) que les auteurs néo-zélandais n’écrivent pas de la même manière que les américains ? Peut-être utilisent-ils un langage plus familier, plus franc, moins à l’eau de rose. Remarquez-vous les différences ?

Susan Napier : La beauté du diamant brut (Love in the valley) était en fait mon second roman – mais c’est également un de mes préférés aussi, et je n’ai pas encore terminé d’écrire des histoires où figurent la famille Marlow. La Nouvelle-Zélande est un petit pays et l’association des écrivains de romances (Romance Writers of N.Z) est très active. Robyn Donald et Daphne Clair sont non seulement les auteurs prolifiques elle-mêmes, mais concourent aussi régulièrement dans les courses aux prix dans dans lesquelles un nombre d’auteurs néo-zélandais de romances sont récompensés. Nous avons aussi le Clendon Award qui est une compétition annuelle pour la meilleure romance non publiée (à l’origine lancé comme un moyen d’encourager les membres de la RWNZ pour “terminer d’écrire ce foutu livre”) qui s’est retrouvée en tête des ventes pour certains gagnants. Pour une petite nation, les néo-zélandais sont de gros acheteurs de bouquins et de gros lecteurs, donc ce n’est pas surprenant que nous ayons engendré un certain nombre d’auteurs populaires.

Quoique l’Amérique ait depuis peu de temps une grande influence sur la Nouvelle-Zélande (comme un peu partout dans le monde via la télévision et les films) mes propres influences personnelles en tant que romancière proviennent de la Grande-Bretagne, et mes livres sont publiés par les éditions Harlequin, des bureaux de Londres. Ma préférence se dirige plutôt vers la sophistication tranchante du héros traditionnel européen et la tendance à voir l’action du point de vue de l’héroïne que je perçois différemment si l’on compare avec le héros idéal américain plus sensible (hormis les militaires ou ex-soldats) et l’accent mis sur le point de vue masculin.

Onirik : Vos romans sont construits de façon cinématographique, et ont souvent un petit goût de comédie romantique des années 40 ou 50 (notamment le thème du héros qui se méprend sur les motivations de l’héroïne, comme dans Tempt me not (La tentation de Victoria), Accidental mistress (Une liaison défendue) Vous allez même plus loin avec Just once (La baie des amants) dans lequel vous évoquez tout au long du récit un de mes films préférés Le port de l’angoisse (To have and to have not). Ces comédies sentimentales sont-elles pour vous une source d’inspiration ?

Susan Napier : J’ai commencé comme journaliste et j’ai passé quelques années avant d’écrire des romances comme scénariste pour des réalisateurs de films ou documentaires, alors j’ai vraiment conscience de l’importance du dialogue dans un scénario. Je suis aussi une cinéphile et j’aime ces vieux classiques avec Bogart et Bacall, ainsi que les comédies romantiques des années 50.

Les scénaristes de cette époque travaillaient sous la contrainte de la censure, et les spirituels et les échanges cohérents entre les personnages remplacent souvent des scènes d’amour plus explicites que l’on peut voir dans les films modernes (au détriment du dialogue !). Je pense que les restrictions apportent souvent un plus pour l’imagination de l’écrivain, parce que cela l’oblige, lui ou elle, à réfléchir à des moyens détournés de transmettre l’information.

Par exemple, il y a peu de “gros mots” dans la romance traditionnelle, alors c’est en partie un défi de placer des mots de colère dans la bouche d’un mâle alpha sans ajouter des jurons, mais on y arrive. Il faut juste être un peu plus créatif. Si vous supprimez les gros mots, vous devez trouver quelque chose de plus puissant, des mots qui émotionnellement signifient cela. Un héros et une héroïne cohérents peuvent créer beaucoup de tension sexuelle dans une histoire sans se toucher l’un l’autre, et quand ils se touchent... et bien, un bon écrivain doit s’assurer que l’impact émotionnel sera alors doublé !


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