Onirik
Seul(e)
Onirik -> Littérature -> Textes proposés -> Dernière mise à jour : le lundi 19 juillet 2004.

Comment être entouré en restant seul.



Regardez les autres, observez. Enlevez tout sentiment de votre esprit, devenez froid, transformez vos yeux en scalpels et observez. Isolez vous derrière des murs de glaces. Décomposez les sons qui arrivent à vos oreilles. Analysez chaque sonorité, chaque syllabe, chaque borogrymes. Sentez vos tympans résonner à mesure que les vibrations de l’air transmettent ces mensonges éhontés que l’on s’échange à longueur de temps. Autopsiez chaque parole, chaque soupir, chaque geste et analysez. Que ressort il de cette analyse ? De la laideur.

Le réveil

Décortiquez soigneusement votre journée. Sentez le sol sous vos pieds quand vous vous levez. Sentez la lourdeur de votre corps. L’appel du lit toujours aussi fort. L’appel de la fainéantise fait trembler votre esprit. Sentez les miasmes écoeurant qui font de votre haleine une soufrière. Laissez votre esprit doucement s’éveiller. Le sentez vous se révulser à l’idée de ce que vous allez affronter aujourd’hui ? Vos soucis de la veille rejaillissent en une fontaine acide qui consume votre repos. D’ailleurs vous vous inquiétez à juste titre. Vous marchez jusqu’à la douche en espérant que votre torpeur va disparaître. Morphée s’accroche à vous. Il sait qu’un jour il gagnera et s’il perd il sait que son frère la Mort vous aura de toutes façons. Morphée triomphe un peu chaque jour Thanatos une seule fois mais pour toujours. Laissez de côté cette envie de vous évader. Vous n’y arriverez jamais. Que vous jouissiez de votre vie pleinement ou que vous subissiez un véritable calvaire peu importe. La Mort vous prendra et tout le monde vous oubliera. Qui se souviendra de vous dans 10 ans, dans 100 ans et dans 1000 ans ? Et même si quelqu’un se souviens encore de vous à la fin des temps. Qu’est ce que cela importe. L’univers aussi à son maître, son entrave. Quand tout aura disparu qu’importe que vous ayez vécu heureux. Quand l’univers sera à nouveau contracté en une infime boule de densité et d’énergie infinie, cela reviendra au même qu’une partie de ses constituants aient été un jour un Homme. Tandis que vous essayez de vous réveiller sous la douche, vous ne remarquez même pas que votre corps se décompose. Vous ne voyez même pas cette myriade d’atomes qui est arrachée de votre corps à chaque instant. Votre disparition programmée dès votre naissance avance à grand pas. C’est inexorable. L’eau s’enfuit par le goulot emportant ce qui un jour a été vous et ce qui avant appartenait à un animal, à un arbre, à l’air. Cette usine à déjections qu’est l’Homme se consume d’elle même. Séchez votre corps et regardez vous dans un miroir. Qu’y voyez vous ? Votre reflet ? Non. Vous remarquez un nouveau bouton, un nouveau point noir, de nouvelles rides, de nouveaux cheveux blancs. Vous remarquez vos cernes et repensez à votre lit. Votre regard descend le long de votre corps. Là encore des changements. Vous avez grandit, des poils ont poussés. Des grains de beauté viennent entacher votre peau si douce auparavant et maintenant si rêche. L’embonpoint vous gagne. Votre poitrine s’affaisse. Chaque jour votre corps devient plus lourd, plus difficile à porter. Vous finissez de vous préparer, vous dépêchant suffisamment pour ne pas être en retard mais pas trop pour éviter les ulcères. Vous essayer de masquer votre langueur derrière un masque de parfum, de lotions après rasage ou encore de maquillage. Vous vous dîtes que vous êtes encore en forme, en tout cas plus que la moyenne. Vous enfilez vos habits rapidement. Vous vous demandez encore comment se fait il que les secondes soient si courtes le matin et si longues dans la journée.

Vous sortez de la salle de bain et allez vers la cuisine. Là vous entendez votre mère criez de son lit qu’il faut vous dépêcher. Là, célibataire vous réchauffez le café de la veille en regrettant de ne pas avoir dit oui au mariage quelques années auparavant. Là, vous pestez intérieurement contre votre conjoint qui traîne au lit, touché par le chômage et bien décidé à dépendre de vous. Là vous entendez votre conjoint vous dire de vous dépêchez, que demain vous prendrez votre douche après, que c’est toujours la même chose et qu’il faut vous dépêcher de faire ce café et pas un dégueulasse comme la veille. Derrière les volets, le ciel vous regarde de son oeil de cyclope. L’oeil chaque jour plissé différemment il vous rappelle que votre vie s’échappe et qu’il a vu des générations d’Hommes mourir. Vous évitez de le regarder en face, refusant l’infinité de l’univers pour la douce chaleur de votre gazinière. L’allumette qui allume le gaz est votre Etoile du Berger. Lucifer paraît bien ténu entre vos doigts. Vous remarquez que vous tremblez. Est ce dut au froid, au stress, à l’abus d’excitants ? Arrêtez de fumer, arrêtez de boire, arrêtez de vivre. Vous pensez au gaz, vous pensez à ce que des monstres qui étaient comme vous de chair et de sang ont fait. Auriez vous participé à cette boucherie infâme ? Votre esprit qui dans sa jeunesse à adoré le Che vous affirme bruyamment que non essayant d’étouffer la bête apeurée qui serait prêt à se damner pour quelques secondes de vie en plus. L’odeur du café se propage autour de vous. Vous savez que c’est le signal. Dans dix minutes vous partirez vers votre Golghotta. Tel Prométhée vous vous voyez enchaîné, les entrailles dévorées perpétuellement. Mais les dieux n’ont pas eut le respect de vous envoyer un aigle majestueux. Non pour vous rien que des vautours, des corbeaux et des vers. Assis, vous planifier votre journée. Stop ! Arrêtez de penser. Écoutez votre corps. Entendez vous le bruit des vos mâchoires mastiquant le pain ? Écoutez vous déglutir. Sentez votre petit déjeuner se transformer dans votre bouche en une bouillie répugnante avant de descendre dans votre estomac où il continuera sa lente transformation. Observez votre conjoint. Ne fait il pas les même bruits que vous ? Lisant son journal ou tourné vers la télévision. Vous ignorant. Oubliant les paroles et les gestes qui vous ont charmé. Regardez sa gorge prise de soubresauts à chaque bouchée, à chaque gorgée. Ne soyez pas écoeuré, il remarque la même chose en vous regardant. Peut être est ce pour cela qu’il préfère concentrer son regard ailleurs. Pour éviter de trop penser à ce qui vous a décidé à vous marier. Vous dîtes à vos enfants de se dépêcher ou alors vous vous dîtes que maintenant qu’ils sont partit de la maison, ils ne donnent plus beaucoup de nouvelles. Avez vous été , êtes vous ou serez vous un bon parent ? Peu importe. Vous avez été, vous êtes et vous serez ; et cela suffit. Vous avez rempli votre office. Petit à petit la vie va vous écarter. Vous allez retomber dans l’oubli et votre progéniture continuera la ronde infernale. Vous débarrassez la table en vous disant que la répartition des tâches n’est qu’une utopie. Êtes vous sûr de ne pas être une machine quand vous frottez toute cette crasse ?. Vous qui êtes célibataire, vous regardez les bols s’entasser à côté des assiettes appréhendant la prochaine vaisselle.

Les secondes accélèrent d’un seul coup. La dernière minute s’égrène à une vitesse vertigineuse. Plus le temps de penser. Vous décrochez votre manteau et échangez un baiser rapide sur le coin de la bouche. C’est l’hiver, le froid vous envahit. C’est l’été et votre corps sue déjà abondamment. La voiture va vous libérer pendant un instant. Peut être que des embouteillages vous permettront de profiter de quelques minutes supplémentaires avant d’arriver au travail. Vous louez les bouchons et maudissez les pointeuses. Vous pénétrez dans le métro. Ce serpent de métal vous avale pour vous vomir quelques stations plus loin. Là le même cycle recommence. Vous pensez que demain il faudra vous lever plus tôt pour éviter l’affluence. Vous pensez cela tous les jours. Une fois arrivé il faut encore réussir à vous garer en espérant que votre voiture restera dans le même état. Vous marchez en appréhendant la foule qui vous bouscule. Cet Argos de pierre dont les milles yeux vous fixent ouvre sa bouche et vous engloutit.

La journée

Tic.Sentez le temps qui s’étire. Tac. Les secondes qui s’allongent. Tic Le temps devient palpable. Tac. Vos sens s’engourdissent. Tic. L’Homo Sapiens devient l’Homo Laboratus. Tac. Dans l’ascenseur un échange de bons procédés. Tic. Une bise échangée, une molle poignée de main. Tac. Au bout du couloir, votre bureau. Tic. Au bout du couloir le temps s’arrête. Tac.

Le carnaval commence. Vous achevez à la hâte le masque que vous vous confectionnez tous les matins. Derrière votre masque vos larmes coulent. Vous souvenez vous de ce que vous vouliez être ? Pompier, aviateur, vétérinaire, docteur, journaliste ? Regardez ce que vous êtes maintenant et comparez. Qui êtes vous derrière ce masque ? Personne. Humez l’atmosphère, respirez à plein poumon l’hypocrisie qui émane de ces coeurs sans aucune chance de les laisser exsangue. C’est le moment le plus pénible de la journée quand il faut serrer toutes ces mains. S’efforcer de proférer des salutations amicales à ceux que vous méprisez et qui vous le rendent bien. Les gestes sont trompeurs mais dans vos yeux, la vérité. Ne laissez pas traîner votre regard. Lever les et pointez les dans les leurs. Qu’y voyez-vous ? Osez, vous n’y verrez qu’un reflet de votre propre regard. Souvenez vous, ce matin, cette être mou qui n’aspirait qu’à retrouver son lit. Vous le retrouverez dans leurs yeux. Après la petite cérémonie, le défilé s’étend vers ce centre nerveux qu’est la machine à café. C’est votre tour de payer. Vos collègues vous remercient même s’ils estiment que cela leur est dut. La discussion débute, football, politique, les salaires, les mêmes sujets sans cesse rabâchés. Ce qui compte n’est pas de faire avancer les choses. En parler suffit, quelqu’un finira bien par faire ce qu’il faut. Que faire vous demandez vous ? Peu importe. Le faire. Cela devrait vous suffire. Vous rassurer. Ne pensez pas. Laisser vous bercer pas les résultats du match d’hier. Chut. Voilà. Ne réfléchissez pas dès le matin comme ça. Vous allez vous rappeler que votre lit n’est pas si loin que ça. Le café est fini. Celui qui vous remercie pour la seconde fois est le même qui arrive toujours à s’esquiver quand c’est son tour. Vous revenez à votre bureau. Un dernier regard au travers des fenêtres. Le soleil préfère se voiler que de vous voir aussi malheureux. Une chape de plomb s’abat sur vous. Votre âme s’envole. Vous devenez mort-vivant. Errez mon ami. Errez parmi les vôtres.

Cela fait déjà trois fois que vous relisez ce dossier technique. Vous n’y comprenez toujours rien. Pourquoi ces techniciens sont ils toujours aussi peu clair ? A moins que ce ne soit vous qui ayez oublié d’évoluer . Bien sûr les techniques d’aujourd’hui ne valent pas celle d’hier. Cela est évident puisque hier vous étiez jeune. Vous finissez de déchiffrer cette pierre de Rosace et entamez le rapport pour votre responsable. Toujours la même difficulté. Résumer cent pages de gros mots en trois pages de magazine pour enfant. Vous levez la tête autour de vous. Un de vos collègues est en train d’insulter un fournisseur au téléphone. Un autre est sur un site en ligne de cotation boursière. Un autre vous sourit et vous propose un café. Vous acceptez.

En revenant vous voyez que vos deux collègues sont à leur tour parti en pause. Vous vous sentez gêné dans savoir pourquoi. Vous reprenez votre place et vous vous renfermez dans votre cage de papier. Votre expérience vous sert de machette et vous achevez le dernier paragraphe avec un sourire à peine perceptible. A dire vrai vous pourriez vous permettre de sourire ouvertement personne ne vous prête attention. Vous vous sentez mieux. Vous regardez votre montre pensant pouvoir vous accorder un peu de répit quand, horreur vous remarquez qu’il est l’heure de déjeuner. D’ici peu un de vos collègues du bureau d’en face va surgir et vous rappeler ce que vous savez déjà : qu’il est l’heure d’aller manger. Cela vous rappelle les « A table ! » de votre enfance. Combien détestiez vous votre mère pour toujours utiliser les deux mêmes mots, la même intonation et ce, toujours à la même heure. Ca y est ! Le voilà. Pourquoi a-t’il toujours l’air aussi réjouit ? Il a un air de perpétuel satisfait. Cela cache forcément quelque chose. Enfin, il faut y aller. Surtout n’oubliez pas votre carte magnétique. La pointeuse vous attend. Clic Clac. Vous avez encore un surplus de 3H00 cette semaine. Pourquoi la machine l’oubliera-t’il la semaine prochaine ?

Dans la file d’attente de la cafétéria la mascarade se poursuit. Le match de football d’hier a vraiment été truqué par les arbitres. Ces italiens sont vraiment des lavettes. A table, les bonnes phrases fusent. Les marionnettes soumises se transforment en Arlequin. Les médisances abondent. Vous apprenez que telle secrétaire a de nouveau changé de partenaire et que son responsable est fou de jalousie. Vous ne vous demandez pas ce qui peut bien se dire sur vous. Le sachant très bien, vous choisissez de vous moquez aussi, par revanche contre vos propres erreurs. La nourriture vous paraît fade. Vous déplorez la piètre qualité du service de restauration mais oubliez de signaler que plus rien n’a de goût pour vous. La personne juste en face vous répugne à sa manière d’engloutir par bouchées énormes sa viande. Vous regardez autour de vous et vous avez l’impression d’être dans une porcherie. Une centaine de verrats s’empiffrant avec des grognements de contentement. Vous sentez l’odeur de transpiration de votre voisin . Vous étouffez sous les effluves de parfum d’un autre. Votre esprit tourbillonne, on vous parle de vos enfants, de vos vacances qui approchent. Vous répondez par automatisme ne laissant rien transparaître de votre abrutissement. Un sourire narquois s’élève et dans votre cerveau la peur à nouveau. Le rapport. Pourquoi fallait-il que ce sujet soit abordé ? Vous préférez taire que vous venez de le finir. Finir un dossier à l’heure n’est pas concevable. Si vous le finissez trop tôt c’est que forcément vous avez oublié quelque chose, alors qu’un dossier qui arrive juste avant d’être en retard est un dossier qui dépasse toujours les espérances. Vous répondez donc qu’il vous reste quelques détails à régler avant de tirer vos conclusions définitives sachant pertinemment que des critiques s’élèveront forcément. Vous vous agrippez à ce prétexte pour vous enfuir. Alors que vous vous échappez, leurs regards brûlent votre dos. Ne vous arrêtez pas. Ne vous retournez pas. Marchez la tête bien droite, sûr de vous. Votre tour viendra. Demain c’est vous qui serez assis à regarder un autre aller à l’abattoir. Clic Clac. La pointeuse vous signale que vous avez mis moins que le temps prévu et que ce surplus ne vous sera pas compté. Vous retournez dans votre bureau et profitez des quelques minutes qui vous reste pour appeler votre conjoint. Le même échange de formalité tous les jours rabâché. Vous apprenez, même si vous étiez censés être au courant depuis deux semaines, que ce soir vous allez dîner chez des amis. Vous espériez vous reposez ? Vous vous reposerez bien assez quand vous serez redevenu poussières.

Vous avez juste le temps de raccrocher que vos collègues reviennent. Ils sont passés vous cherchez pour le café. Le dossier peut bien attendre encore un peu. Avec le talent d’un acteur hautement expérimenté, vous acceptez tout en rechignant. Ne jamais accepter quoique ce soit rapidement de peur de passer pour influençable, tel est votre devise. Quand vous voyez tout ce gras qui gravite autour de ce coeur de l’entreprise qu’est la machine à café, vous vous demandez comment votre entreprise fait pour éviter la crise cardiaque. Une discussion entre deux personnes d’un autre service vous révèle une information intéressante : le projet de votre liaison extraconjugale a lamentablement échoué suite à des erreurs grossières de sa part. Sa mutation n’en facilitera que plus vos journées. Il est toujours assez désagréable de se dire qu’un service entier est au courant de vos prouesses sexuelles y compris vos mimiques.

De retour devant votre écran vous vous apprétez à passer les deux heures restantes à mettre en page votre rapport. Vous corrigez les dernières fautes, revoyez quelques formules. Ne bougeons plus. C’est parfait. Vous regardez encore l’heure et vous vous apercevez que vous avez juste le temps de faire les photocopies. Vous pourriez bien entendu demander à la secrétaire de votre service de s’en charger mais vous préferez le faire vous même, plumes et cire sur vos épaules d’Icare.

Juste le temps de boire un café rapidement, un tour au toilette et vous êtes partis. Direction la salle d’obédience où tout est assujetti à la volonté du maître. Vous vous sentez comme un gladiateur. Oubliant de regardez le scorpion à vos pieds devant le lion que vous affrontez.

La réunion démarre dans comme toujours par le mécontentement du responsable du service contre les piètres performances de ses subordonnés. Votre responsable direct vous chuchote des grossièretés à son égard. Mais vous, vous le comprenez. Il est clair qu’à sa place vous lanceriez aussi des projets à tout va uniquement pour avoir des budgets colossaux et valoriser votre C.V. Ainsi vous auriez une chance de vous vendre ailleurs et de ne pas croupir ici. Faites un peu plus attention à ce qu’il se dit. Ne rêvez pas à ce qui pourrait être. On parle de votre rapport. Vous vous apprêtez à le détailler quand on vous interrompt brutalement pour vous dire que les fonds n’ont pas été débloqués et que donc votre étude n’en restera qu’à ce stade. Un voile noir s’abat sur vous. Vous ne savez pas si vous devez être soulagé de ne pas avoir à vous exposer aux critiques des autres ou écoeuré qu’une fois de plus vous ne puissiez valoriser votre travail. D’autres sujets sont ensuite abordés. Comme d’habitude la réunion donnera lieu à un compte-rendu identique au précédent. Vous n’écoutez plus rien. Vous voulez vous enfuir. Vous ne pouvez pas. Vous pensez êtes au sein d’un trou noir. Le temps s’arrête. Vous ne voyez plus, n’entendez plus, ne sentez plus. Votre cerveau est mort.

Quand vous reprenez conscience vous êtes avec vos collègues de bureau autour de cet aimant de machine à café. La réunion est bien vite oubliée, le week-end approche. Demain soir celui-là partira pour Deauville. Tel autre ira dans sa maison de campagne. Et vous, pourquoi n’osez vous pas leur dire que vous allez passer le week-end à peindre ? Vous pensez qu’il vont encore se moquer ? Demandez leur donc plus en détail ce qu’ils font. L’un va faire de la photographie, l’autre du modelage, l’autre encore fait des sculpture avec ses buissons. N’ayez pas honte. Si vous ne faites pas d’efforts ils n’en feront pas n’ont plus. Vous retournez ranger votre bureau et trier divers papiers. Surtout vous vous efforcez de ne jamais finir avant 19H00. Vous croyez que la pointeuse va hurler ou alors est-ce parce que vos collègues font de même ?

L’ascenseur vous paraît d’une lenteur atroce. Chaque étage qui passe vous rapproche de la délivrance. Dehors votre masque pourra tomber. Sentez cette joie qui monte en vous. Profitez en dans toute sa plénitude. Le répis va être de courte durée. Bientôt il va vous falloir affronter les Autres. Ces cohortes d’êtres humains entassés dans du métal sur et sous terre. Où allez vous être ? Emprisonné dans votre voiture, subissant les assauts des Klaxons, de la pollution, des insultes. Dans un cercueil roulant ? Dans le métro ? Au même niveau que d’autres cercueils mais eux en bois. Le fleuve de chair et de métal s’en va, irriguant la ville de visages anonymes. Vous vous noyez. Vous flottez au gré des mouvements de la masse. La ville vous vomit de tunnel en tunnel, d’artères en artères. Vous arrivez avec peine à vous en extirper. Encore peu de temps maintenant et vous serez chez vous pour vous reposer. Oh ! Pardon, j’oubliais. Pour vous préparer au dîner de ce soir. Vous êtes déjà moins pressé de rentrer. Restez donc encore un peu avec nous. Sentez ce doux parfum de pollution. N’a-t’il pas l’odeur de la liberté ? Restez encore dans mes artères. Abreuvez moi. Nourrissez moi. Comment déjà vous partez ? A demain alors, passez une bonne soirée.

Le soir

Harassé vous ouvrez votre porte. Nulle douce odeur de cuisine, nul bienvenue. Vous entrez. Vous entendez la douche qui coule. Votre conjoint est déjà en train de se préparer. Vous parcourez à la hâte le courrier. Rien pour vous. Vous allez ensuite dans la cuisine. Vous ouvrez le réfrigérateur quand une voix vous rappel à l’ordre. Vous n’allez pas manger maintenant pour ensuite faire la grise mine à table. Soyez raisonnable. C’est toujours la même chose avec vous. Allez plutôt vous préparez maintenant que la salle de bain est libre. Devant le miroir vous vous trouvez terne. Parfois vous repensez à combien vos yeux brillaient il y a si peu de temps encore. D’ailleurs, combien cela fait-il maintenant ? Un an ? 3 ans ? 10 ans ? Pour vous cent ans reviendrait au même. Vous ne comptez pas en année mais en « avant » et en « après » votre première emploi. Vous pensez à la soirée qui vous attend. A la nouvelle tromperie qui s’annonce. Ce soir la cravate aura une toute autre signification. Elle ne sera plus votre laisse mais représentera votre statut social. Vos bijoux vous serviront de beauté, votre maquillage de visage. Une voix vous extirpe de votre torpeur. Vous prenez votre douche rapidement et vous vous habillez tout aussi vite. Votre conjoint vous attends la porte d’entrée ouverte ce qui achève de vous stresser. Ce soir vous ne conduisez pas. Vous ne savez pas rouler dans les bouchons. Ce prétexte en vaut un autre. De toute façons les clefs vous ont déjà été arrachées des mains.

Une heure de voiture après, à 20 kilomètres de chez vous, vous retrouvez vos amis dans un restaurant. Vous échangez quelques brèves paroles. Vous pensez qu’ils ne vous ont pas manqués. Après une demi-heure d’attente vous trouvez à vous installer. Pendant l’apéritif les échanges d’usage se font. Il a encore eut une nouvelle promotion et elle a encore refait la décoration de leur appartement. Vous estimez qu’à se rythme il va être président de la république dans 1 an et elle directrice de l’Opéra de Paris. Comme à son habitude votre conjoint essaie aussi de les impressionner en valorisant ses contrats décrochés et les projets que vous menez. Vous trouvez cela désolant car vous savez pertinemment que chacun de vous gagne bien plus que lui. L’apéritif s’achève par des histoires résolument racistes et résolument drôles entrecoupées par un rire gras et tonitruant. Ce genre de blagues vous dégoûtent. Vous trouvez encore plus écoeurant sa femme qui glousse comme une dinde et votre conjoint qui s’esclaffe nerveusement. Les plats s’enchaînent. Vous observez autour de vous de jeunes couples, d’autres groupes comme le votre, l’agitation des serveurs. Vous apprenez une fois de plus qu’il n’a jamais hésité à dire le fond de sa pensée et que toujours il assume ses opinions quelques soient les torts que cela peut lui causer. Vous repensez qu’il ferait un excellent président de la république. Ou plutôt un excellent tyran à voir les marques que cache difficilement sa femme. Vous ne vous rappelez même plus comment vous les avez connu. A une soirée d’un de vos anciens collègues peut être. A moins qu’il ne s’agissent d’un collègue de votre conjoint. Vous ne savez plus depuis longtemps et n’avez jamais osé demander de peur de remarquer que votre conjoint ne sait pas non plus. Vous vous impatientez. Le dessert arrive enfin puis vient l’addition. Vous la partager en deux comme d’habitude même s’il s’est bu à lui tout seul la bouteille de vin et à pris des suppléments à tout ses plats. Après tout vous venez de décider de ne plus les revoir. N’avez vous pas dit ça aussi la dernière fois ?

La nuit

Sur votre canapé vous vous délassez enfin. Une demi-heure à peine de télévision finit de vous décérébrer. Vous regagnez votre lit. De brèves paroles suffisent à comprendre que vous n’êtes pas le seul à vous être ennuyé toute la soirée. Vous n’osez pas dire ce que vous pensiez tout à l’heure. Après tout vous n’avez pas tant de gens que ça à voir en dehors de votre travail.Des petites caresses vous rappellent à vos devoirs conjugaux.

Pendant l’amour un flot d’images dans votre tête. Votre premier amour, les personnes qui vous ont fait souffrir. les larmes échangées, de la joie aussi mais pas tellement. Vous observez votre partenaire. Vous ne ressentez rien de ce qui se passe. Votre esprit regarde deux corps enchevêtrés d’un oeil froid et indifférent. La banalité quotidienne vous étouffe. Vous voulez vous échappez. Une bouche contre la votre vous empêche de respirer. L’odeur aigre de parfum mêlé à de la sueur vous oppresse. Un dernier mouvement. Ca y est c’est finit. Plus une caresse, plus de tendresse. Une cigarette à la bouche, un réfrigérateur qui s’ouvre, une télévision qui s’allume, l’autre qui s’endort. Autant de preuves d’indifférence. Peu à peu vous cédez au sommeil. Vous mordez l’oreiller pour ne pas éclater en sanglots. Vous vous dîtes que ce sont les nerfs, la fatigue. Au fond du vous une voix hurle. Vous la faites taire à coups d’anti-dépresseurs. Le sommeil vous gagne. Vous vérifiez comme tous les soirs que votre réveil est bien enclenché, puis un voile s’étend sur vous. Vous goûter enfin le lotus noir. Oubliez pour quelques heures qui vous êtes. Venez ! Rêvons ensemble. Ici vous pouvez être qui vous voulez. Profitez, demain sera semblable à aujourd’hui.

L'auteur Freyr
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